Le COVID-19 versus la grippe espagnole

Créche de Magog

COVID-19 versus Grippe espagnole

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Depuis la mi-mars, c’est toute la planète qui s’est mise en confinement afin de ralentir la propagation du Coronavirus. Rapidement on fait un parallèle avec la première pandémie de l’air moderne qui a fait mondialement de 20 à 100 millions de mort selon différents auteurs, la grippe espagnole. Ces deux fléaux présentent des similitudes et des différences marquées qui nous permet espérer le meilleur pour la suite des choses. Le principal vecteur positif est la réaction des autorités compétentes.

La Grippe espagnole au Canada

Note de la rédaction : cette partie du texte a été écrite par Maurice Langlois en 2013.

Le fléau est entré au Canada en juin 1918, vraisemblablement par bateaux transportant des soldats revenant du front. Il a progressé lentement jusqu’à son arrivée dans les Cantons-de-l’Est, à Victoriaville, le 15 septembre, date officielle du début de l’épidémie au Québec. Le 25 septembre, plus de 400 Sherbrookois sont atteints et le 28, elle sévit à la grandeur du pays.

Quoique relativement épargnée, Magog n’y échappe pas. Parmi leurs recommandations, les autorités gouvernementales demandent que l’on évite les foules, les rassemblements et manifestations publiques et que l’on ferme les bars, théâtres, salons de quilles, écoles, etc. On recommande aussi de fermer les églises. Les temples protestants ferment dès le 5 octobre, mais l’Église catholique hésite à exempter ses fidèles de leurs devoirs religieux. Mgr H.O. Chalifoux, évêque auxiliaire du diocèse de Sherbrooke, accepte finalement, mais seulement pour le dimanche 13 octobre. Le même jour, le Magogois John O. Donigan, inscrit ce qui suit dans la bible familiale : «Today, for the first time in our recollection, we have had no mass at the church. This is on account of an epidemic of Spanish Grippe which is world-wide just now and many deaths are reported from all parts ». Le Bureau central d’hygiène ordonne aux autorités religieuses de fermer les églises. Elles n’ouvriront que le 10 novembre, la veille de l’armistice qui marque la fin du conflit. S’agit-il d’une simple coïncidence?

À Magog, où la population n’est que de quelque 5 000 habitants, il n’y a que quatre médecins : les docteurs G.A. Bowen, E.-C. Cabana, I.A. Guertin et John West. Les seules pharmacies sont la pharmacie Béique (le Dr Béique est décédé) et celle du docteur West (pharmacie Rexall). Pharmaciens et médecins, à court de moyens pour combattre efficacement la maladie, sont débordés et les heures de travail sont longues. Le 3 octobre, le docteur Cabana présente au conseil de ville un projet d’avis à afficher, indiquant les moyens à prendre pour éviter la maladie; il n’y a pas d’hôpital à Magog et la majorité des malades sont gardés chez eux. Les maisons qui abritent des personnes atteintes sont « placardées », indiquant qu’on ne doit pas y entrer. Les Hospitalières de La Crèche, avec l’autorisation du curé Brassard, transforment les classes et la salle de récréation en « hôpital » pour y recevoir les plus atteints.

La créche vers 1920
La Crèche (photographe inconnu, fonds Studio RC, coll. SHM)

Le mois d’octobre s’avère de loin le plus meurtrier. Plusieurs familles perdent 2 ou 3 membres que l’on doit enterrer rapidement, sans même passer par l’église, pour éviter la contagion. Les statistiques publiées plus tard par le Conseil supérieur de l’hygiène indiqueront qu’en octobre seulement, on a enregistré à Magog 45 décès et à Sherbrooke plus de 250. Au total, dans les Cantons-de-l’Est il y en a eu 2 146!

En novembre, l’épidémie perd de l’ampleur et les mesures prises par les autorités municipales et les médecins semblent donner de bons résultats. Les écoles, les églises et autres lieux publics peuvent rouvrir leurs portes. Il y aura bien dans la région d’autres cas de grippe avec décès, mais l’épidémie est à toutes fins pratiques terminée et la vie reprend progressivement son cours normal à Magog comme ailleurs.

Maurice Langlois 2013

Entrevue à Nous.TV sur le COVID-19

L’éclosion initiale

La perception actuelle de la grippe espagnole est un état de crise continuelle qui a duré de 1918 à 1920 mais dans les faits, ce sont trois vagues de quelques mois sur une période de trois ans qui faisaient des ravages. Il ne faut pas minimiser l’impact de l’influenza espagnole puisqu’en 1918 le Québec comptera 400 000 malades et 3% de ce nombre décèderont.

Le lieu de l’éclosion du Covid-19 est la ville de Wuhan en Chine. La mondialisation des outils de communication nous a permis de suivre presqu’en temps réel le développement des premiers cas. Du côté de la grippe espagnole, le lieu de l’éclosion n’a jamais été confirmé à 100%. La seule chose dont nous sommes sûr c’est que le virus ne vient pas d’Espagne. L’explication la plus sûr et qui fait presque consensus est que le virus serait apparu dans un compté du Kansas aux États-Unis en avril 1917. La transmission s’est faite d’abord dans la population rurale et très rapidement lorsque les fils des fermiers se joignent aux forces armées pour répondre à l’appel des drapeaux, elle sévie dans un camp d’entrainement du Kansas. Dès ce moment, la maladie est clairement identifiée et le camp est mis en quarantaine. Aucun soldat ne peut sortir du camp cependant des officiers sont transférés vers d’autres camps et commence la dispersion à travers le pays et rapidement à l’échelle mondiale.

L’incubation

C’est la deuxième vague à partir de l’été qui frappe le Québec de plein fouet. Des marins et soldats revenant d’Europe sont infectés et par rebond infectent les villes portuaires comme la Ville de Québec.

Une grande différence entre les deux virus réside dans la durée d’incubation et de la période de symptômes. Alors que le Coronavirus a une période d’incubation de 14 jours ou la victime est asymptomatique et contagieuse, L’influenza espagnol comme l’appelait les journaux francophones de l’époque avait une période d’incubation de 2 à 3 jours et de 3 à 5 jours pour les symptômes. Pour les infortunés qui en mourront, soit le virus attaque directement les poumons en deux ou trois jours et crée chez le patient une réaction ressemblant à un choc anaphylactique. Dans la plupart des cas, l’infection affaiblie le système au point que le patient meurt d’une pneumonie au bout de 10 jours.

La multiplication des cas de grippe espagnole s’est faite beaucoup plus rapidement que dans le cas du COVID-19.

Contrairement à l’épidémie actuelle, la moitié des victimes de la « Spanish grippe » sont la tranche de population des 20 à 40 ans. Les plus vieux semblent plus résistants au virus pour des raisons qui ne sont pas encore expliquées.

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La réponse des autorités

Un grand avantage de notre monde de 2020 est la fluidité de l’information. Les autorités sanitaires ont commencé à réagir avant même que le COVID-19 touche le sol Québécois. Quand les premiers cas se sont manifestés, la réponse des gouvernements a été relativement rapide et on a commencé à confiner la population.

Pour la grippe espagnole, les autorités n’avaient pas d’organisme de coordination et la réponse fut lente par rapport à la vitesse de propagation. Dès le début de la crise, on blâme les autorités pour leur inaction. La vitesse du virus est telle que les hôpitaux se remplissent du jour au lendemain. Le personnel médical est aussitôt en pénurie infecté par la maladie. Cette pénurie est aggravée par la Grande guerre, des médecins et des infirmières étant mobilisés au front.

La rapidité et le sérieux de la réponse sont très significatifs dans le bilan de la grippe espagnole. Selon un article bien documenté de Wikipédia : « Le gouvernement des Samoa américaines isola l’archipel et parvint à protéger sa population. À l’inverse, les autorités néo-zélandaises des Samoa occidentales firent preuve de négligence, et 90 % de la population fut infectée. 30 % de la population adulte masculine, 22 % des femmes et 10 % des enfants périrent. »

En conclusion

L’épidémie de grippe espagnole a terrassé une bonne partie de la population mondiale déjà éprouvée par la Grande guerre. Contrairement à la croyance populaire, elle n’a pas été une période de crise continue de plusieurs années mais trois vagues agressives et mortelles de quelques mois. Ce que nous vivons aujourd’hui est un marathon qui nous demande beaucoup de résilience. L’accessibilité de l’information, les avancés de la science et de la médecine actuelle, l’organisation des agences de santé, la rapide réponse des autorités (du moins au Québec) et la discipline de la population ne peuvent se comparer avec ce qui s’est vécu il y a 100 ans pour la grippe espagnole. Suite à ce constat, nous ne pouvons que nous dire que : « Ça va bien aller! »

Bibliographie

Agence Parcs Canada, G. du C. (2020, mars 30). La grippe espagnole au Canada (1918-1920)—Histoire et culture. https://www.pc.gc.ca/fr/culture/clmhc-hsmbc/res/doc/information-backgrounder/espagnole-spanish

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Gagnon, A. (2019, juillet 15). Article. https://nouvelles.umontreal.ca/article/2020/04/15/coronavirus-et-grippe-espagnole-l-histoire-se-repete/

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Sherbrooke daily record, 1897-1969 | BAnQ numérique. (s. d.). Consulté 29 avril 2020, à l’adresse http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3098893?docsearchtext=influenza