Personnalités de Magog et de sa région

Articles concernant des personnalités de la région Memphrémagog.

Un généreux Presbytérien converti au Catholicisme, a habité le chemin des Pères.

David Shaw Ramsay est né à Edimbourg, Écosse, le 21 avril 1825, du mariage de David Ramsay et de Helen Shaw. Il est baptisé selon le rite de l’Église presbytérienne. Il a 2 frères et une sœur.

Ayant perdu son père alors qu’il a un an, il poursuit ses études sous la responsabilité d’un tuteur, d’abord à St. Andrews, en Écosse, ensuite à Manchester en Angleterre puis à l’Université d’Édimbourg. Il est ensuite envoyé au Canada par sa mère pour deux années, pendant lesquelles il demeure chez M. Primeaux (sic), curé de Varennes, au Québec. En 1847, sa mère achète pour lui la « Seigneurie de Ramesay », dont le manoir est situé à proximité du village de St-Hugues, au nord de St-Hyacinthe. Cette seigneurie avait été concédée, le 17 octobre 1710, au Sieur Claude de Ramesay, gouverneur de Trois-Rivières et de Montréal, par le Marquis de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France (aucun lien de parenté n’existe entre Mgr Ramsay et ce Claude de Ramesay).

Entre 1847 et 1857, David sert dans la milice et son temps est partagé entre le Canada et l’Angleterre. À son retour au Canada, il fait une courte incursion en politique, aux élections de 1857. Candidat conservateur dans Bagot, il est défait. Au cours de ses stages chez le curé de Varennes, et sans qu’il ait subi « ni influence ni direction », il se convertit au catholicisme, en octobre 1859. Il est reçu dans l’Église catholique par le Chanoine Fabre dans le couvent des soeurs de la Providence à Montréal et est confirmé par Mgr Prince, au couvent des sœurs de la Présentation, à St-Hyacinthe.

En février 1861, il se découvre une vocation sacerdotale. Après une retraite faite sous la direction des Jésuites au Collège Ste-Marie de Montréal, sa vocation sacerdotale ne fait plus aucun doute. À la suite d’études à Montréal, au Collège Pio de Rome et en Angleterre, il est ordonné prêtre par Mgr Joseph LaRocque, évêque de St-Hyacinthe, en octobre 1867. À partir de ce moment, il fera du ministère tantôt à Montréal, tantôt en Angleterre.

À Montréal, il joua un rôle très important dans la réforme des institutions pénales, notamment de l’École de réforme pour les jeunes. Le résultat de ses interventions fut que deux projets, portant sur cette question et désignés comme les « Écoles de réformes et industrielles », devinrent loi. Les enfants, auparavant envoyés à la prison commune, iront désormais à l’École de réforme de St-Vincent-de-Paul ou dans différentes maisons de communautés religieuses mieux adaptées à leurs besoins. En 1872, Mgr Bourget fait revenir Ramsay d’Angleterre et lui confie l’École de réforme, où certains problèmes nécessitent son intervention. Une fois ce travail accompli, il reprend son ministère, tantôt au Canada, tantôt en Angleterre et en Écosse.

En 1881, l’admiration qu’il a pour la Société de Jésus s’intensifie et il décide d’entrer au noviciat des Pères Jésuites en Angleterre. Son frère, le juge Thomas Kennedy Ramsay de Montréal, décède célibataire, à St-Hugues, en décembre 1886. David, qui fait du ministère à South Sheilds, en Angleterre, doit revenir au Canada, y rejoindre sa sœur Wilhelmine, également célibataire. Il a maintenant 60 ans et éprouve le besoin de mener une vie un peu plus calme.

C’est en 1891 que David Ramsay arrive dans les Cantons de l’Est. Il achète alors la ferme St. Margarets, sur le chemin d’Austin (aujourd’hui chemin des Pères). Avec sa sœur, il habite à temps partiel cette ferme qui aura environ 400 acres, suite à l’acquisition de trois autres fermes voisines. L’hiver, tous deux retournent dans les « vieux pays ». Alfred Viens et sa famille sont responsables de l’exploitation de la ferme. Ils y gardent des chevaux, vaches à lait, à viande, moutons, volailles, etc. Les produits de la ferme, c.-à-d. lait, beurre, fromage, œufs, volailles, bœufs, maïs, fruits et légumes variés, sont vendus à Magog.

Maintenant qu’il a sa résidence principale près de Magog, David Ramsay désire quitter l’archidiocèse de Montréal et demande à être rattaché au diocèse de Sherbrooke, ce qui lui est accordé par Mgr Fabre, le 12 avril 1896. Sur la recommandation de l’évêque de Sherbrooke, Mgr Paul LaRocque, le Saint-Siège le nomme prélat domestique en 1896 et protonotaire apostolique le 12 mai 1897.

Déjà en 1892, l’évêque du diocèse de Sherbrooke, Mgr Antoine Racine, avait tenté de promouvoir la fondation d’un monastère dans son diocèse. À cette fin, il était entré en contact avec Mgr Ramsay et de longues négociations s’en suivirent. Ramsay offrait gratuitement sa ferme aux Bénédictins de France, moyennant une rente viagère à lui être versée, d’un montant d’environ 280 $ à 320 $ par année, basée sur la valeur estimée de sa propriété. Les longues absences de Mgr Ramsay et le décès de Mgr Racine, en 1893, mettent un terme aux discussions. De plus, comme la situation des communautés religieuses de France semble s’améliorer, le projet n’a pas de suite. Paul LaRoque, le successeur de Mgr Racine, reprendra les négociations avec les Bénédictins, qui implanteront leur monastère à Austin, en 1912.

Mgr Ramsay décède subitement à Montréal le 23 février 1906 et il est inhumé dans la crypte de la cathédrale de Montréal. Dans son testament, rédigé au Collège canadien à Rome, Italie, le 4 mars 1896, Mgr Ramsay fait don de « tous ses biens meubles dans ce Township de Magog », dont sa ferme de quelque 400 acres de terre, à la Corporation épiscopale du diocèse de Sherbrooke, à certaines conditions, dont l’une : « que les revenus soient utilisés à des fins éducationnelles du diocèse de Sherbrooke ». C’est grâce à ce don que « La Crèche » de Magog, (garderie-école-orphelinat-hospice), a pu être construite par son ami le curé Charles-Édouard Milette, en 1907. En octobre 1907, les Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus, arrivées à Newport, au Vermont en 1905, prennent possession de l’institution. En 1939, la Crèche est convertie et devient l’hôpital La Providence. L’initiative en revient au curé Léon Bouhier et aux Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus, qui fêtent cette année le centenaire de leur présence à Magog.

La résidence de David Shaw Ramsay, avec sa chapelle, située au 793 chemin des Pères, est actuellement occupée par Le Château de verre enr., de Lucie Poirier et Jean-Michel Lopez, verrier d’art. Depuis l’an 2000, la grange de cette ferme est devenue le Centre d’Art, d’Artisanat et d’Antiquités Les Trésors de la Grange, mis sur pied et administré par Mme Françoise T. Lavoie.

Maurice Langlois

Edouard Hains. Fonds Bibliothèque Memphrémagog. La Société d'histoire de Magog
Edouard Hains. Fonds Bibliothèque Memphrémagog. La Société d’histoire de Magog

C’est à Édouard Hains que nous devons la fondation du premier hebdomadaire francophone de Magog, en juin 1937. Fait pour le moins surprenant, considérant que les francophones y étaient en majorité depuis plus d’un demi-siècle. Il y a 70 ans, Hains publiait le premier numéro de La Chronique de Magog, le 4 juin 1937.

 

Alexis-Édouard Hains naît à Bromptonville, le 29 juillet 1899. Il est le fils de Gédéon Hains, cultivateur, et de Marie Martel, de Stoke. De 1904 à 1912, il fréquente l’école de son village, dirigée par les frères du Sacré-Cœur. Pendant ses études classiques au Séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke, de 1913 à 1922, il publie plusieurs contes dans La Revue Nationale, organe de la Société St-Jean-Baptiste. Il est ensuite journaliste au service de La Tribune de Sherbrooke de 1923 à 1930.

Le 7 juillet 1924, Édouard épouse Gabrielle Marcoux, fille d’Elzéar Marcoux et d’Aurore Beaudoin, de Lennoxville. Le couple a 5 enfants : Lorraine, Yolande, Robert, Danièle et Yvan.

Famille Heins
Famille Édouard Heins – Fonds Studio RC. La Société d’histoire de Magog

Depuis 1925, Alfred DesRochers travaille à La Tribune de Sherbrooke, quotidien qui joue un rôle vital dans la vie artistique et littéraire de la région. Édouard Hains est au nombre des écrivains et écrivaines qui gravitent autour de ce jeune poète, avec les Jovette-Alice Bernier, Éva Sénécal, Myriel Gendreau, Louis-C. O’Neil, Louis-Philippe Robidoux, etc. Hains, qui fait partie du « Mouvement littéraire des Cantons de l’Est », est en contact permanent avec d’autres écrivains québécois, comme Robert Choquette, Émile Coderre, Alice Lemieux, Jean Bruchési et plusieurs autres.

 

Conscient de son potentiel, il fonde avec son frère Oliva, l’hebdomadaire La Revue de Granby, dont le 1er numéro paraît le 6 février 1930. Vers 1934-35, il achète et réanime l’Étoile de l’Est, hebdomadaire de Coaticook, fondé en 1926 et ressuscité en 1927, par son collègue et ami Alfred DesRochers. Dès 1931, il est membre de la Société des écrivains canadiens et devient directeur à vie de la Société du bon parler français.

En 1932, à l’âge de 33 ans, Hains publie à Granby, un recueil de nouvelles, intitulé Amour! Quand tu nous tiens… Alfred Desrochers signe la préface, en soulignant les qualités d’un bon écrivain. Ces qualités sont : la précision, l’action, l’émotivité et la clarté. Il écrit : « C’est que l’auteur esrt un journaliste-né, qu’il allie harmonieusement, en lui-même, les qualités qu’on attribue en exclusivité aux poètes et aux critiques ». En 1936, Hains accède à la présidence de l’Association des hebdomadaires canadiens-français, dont il sera gérant d’affaires et directeur, pendant plus de dix ans.

En 1964, La Chronique de Magog fusionne avec son compétiteur, Le Progrès de Magog (fondé en 1949), et devient Le Progrès-Chronique de Magog jusqu’en décembre1970. Le Progrès reprend son nom du début et est publié jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, alors qu’il est supplanté par son compétiteur Le Reflet du Lac, fondé en 1988.

De l’avis de ses confrères, Édouard Hains est un journaliste dans l’âme, un éditorialiste raffiné, critique discuté, mais irréfutable, de l’art littéraire. Travailleur infatigable, il écrit pendant plus d’un demi-siècle. Il continue de signer des éditoriaux dans Le Progrès de Magog et sa chère chronique, « Rue Main » jusqu’à moins de deux mois avant son décès, le 10 avril 1972, à l’âge de 72 ans. La communauté littéraire vient de perdre un écrivain, auteur, critique et un ardent défenseur de la langue française écrite et parlée. Malheureusement, il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur en dehors du monde littéraire et il a été tout simplement oublié.

Maurice Langlois

Le centenaire de l’arrivée à Magog des Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus (F.C.S.C.J.)  sera célébré en grande pompe, à partir du 30 septembre 2007.

C’est en France, en 1823, que cette congrégation est fondée par Jean-Maurice Catroux (1794-1863), curé de La Salle-de-Vihiers, diocèse d’Angers et Rose Giet (1784-1848), connue sous le nom de Sœur Marie. Ce sont les ruines de l’école de La Salle-de-Vihiers, détruite au cours de la guerre de Vendée, qui leur servent de premier local. Les deux fondateurs de la congrégation privilégient l’enseignement, les soins aux malades et veulent porter une attention particulière aux plus démunis. Plus tard s’ajoutent les missions étrangères.

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On retrouve, devant le couvent St-Patrice, la classe de 9e année de Sœur Émilie en 1926 – Fonds Bibliothèque Memphremagog. La Société d’histoire de Magog.

Cette communauté se démarque très rapidement et la mission d’enseignement prend une importance considérable. Mais au début du XXe siècle, sous l’influence d’Émile Combes, président du Conseil d’État français de 1902 à 1905, un fort vent d’anticléricalisme souffle en France. Des lois « Combistes » (1902-1904) mènent à la séparation de l’Église et de l’État. Elles ont pour but de supprimer les congrégations religieuses enseignantes et d’imposer la sécularisation de leurs sujets. Entre 1902 et 1904, 206 établissements des F.C.S.C.J. sont fermés et les religieuses expulsées.

Il leur faut s’assurer un asile et elles tournent leur regard vers l’Amérique. En 1905, quatre religieuses s’embarquent et viennent s’établir à Newport, au Vermont. En 1907, Charles Édouard Milette, curé de St-Patrice, est à la recherche de religieuses pour s’occuper de la « Crèche », alors en construction. Il rend visite aux F.C.S.C.J. à Newport et son projet leur plaît.

Avec l’autorisation de Mgr Paul LaRocque, évêque du diocèse de Sherbrooke, cinq religieuses françaises arrivent à Magog, le 1er octobre 1907. Deux semaines plus tard, elles aménagent à la Crèche qui n’est pas encore terminée. En 1909, elles prennent possession du couvent de Magog et, la même année, elles ouvrent un autre couvent à Valcourt. Afin d’assurer une relève, elles fondent un noviciat à Sherbrooke, en 1911. C’est le début d’une œuvre colossale qui s’étendra à toute notre région et bien au-delà.

Maurice Langlois

C’est le 4 juillet 1912 que Dom Paul Vannier débarquait à Montréal, accompagné du frère Raphaël Pélissier, pour venir fonder un monastère bénédictin dans le diocèse de Sherbrooke. C’est dans un contexte de conditions de vie difficiles pour les communautés religieuses françaises soumises aux lois combistes du début du XXe s. que les Bénédictins devaient quitter la France.

D’autre part, il y avait plus de 20 ans que l’évêque du diocèse de Sherbrooke était à la recherche d’un ordre religieux qui viendrait s’établir dans le canton de Bolton, considéré comme un fief anglo-protestant, mettant ainsi en péril la foi des familles catholiques, canadiennes-françaises et irlandaises. Le nombre de familles n’y justifiait pas la présence d’un prêtre résident, et Mgr Racine considérait qu’un monastère serait un excellent moyen de satisfaire les besoins religieux de ses sujets habitant ce secteur. C’est finalement sous le règne de Mgr Paul LaRocque que le projet se réalisa en 1912.

Après une visite à Mgr LaRocque, Paul Vannier rencontre le curé François-Xavier Brassard de Magog, qui l’amène en yacht visiter une propriété sur la rive ouest du lac Memphrémagog, la Pointe-Gibraltar, à l’entrée de la Baie-Sargent.

Le 8 octobre 1912, le père Vannier achète, au coût de 12 500 $, la propriété de quelque 400 acres, site d’un ancien village disparu (Town of Gibraltar ou Furniss Mills). Une quarantaine de maisons, une manufacture de meubles et un hôtel de 65 chambres y avaient été construits à la fin des années 1870, mais seule une maison de ferme et quelques bâtiments étaient encore présents.
Dès l’année suivante, des renforts arrivent de France et des agrandissements aux bâtiments d’habitation, indispensables à la vie religieuse sont entrepris. Le 30 novembre 1914, le malheur frappe la jeune communauté lorsque Dom Vannier et le frère Charles Collot se noient près des îles surnommées les Trois sœurs.

À cause de la guerre qui sévit en Europe (1914-1918), la survie de la communauté est menacée et son retour en France est demandé. Suite à leurs demandes répétées et insistantes, appuyées par Mgr LaRocque, les Bénédictins obtiennent l’autorisation de continuer leur œuvre en terre québécoise. Bien que le missionnariat ne fût pas leur activité première, ils acceptent volontiers de procurer aux familles catholiques éloignées de Mansonville, St-Étienne-de-Bolton et d’Eastman les services religieux dont ils ont besoin.

En 1921, des travaux d’agrandissement se poursuivent autour de la vieille maison de ferme pour faciliter la vie conventuelle. Un noviciat est inauguré en 1924, et en 1927 les moines achètent l’église anglicane d’East-Bolton (Austin) qu’ils desservent sous le nom de Mission Saint-Benoît.

En 1940, Mgr Desranleau désigne Saint-Austin comme titulaire de la mission et le premier curé résident arrive en 1945. Les moines peuvent enfin vivre davantage selon la règle de Saint Benoît : obéissance, silence, travail physique et intellectuel et apostolat. La décision de construire un nouveau monastère est prise en 1938. Il est construit selon les plans de Dom Bellot et bénit le 11 juillet 1941. La construction de l’église abbatiale, dessinée par l’architecte montréalais Dan S. Hanganu, commencée en 1990, est inaugurée en 1994.

Le 16 mars 1939, St-Benoît-du-Lac est érigé en municipalité gérée par le père abbé et les moines. Dans les années 1950, l’abbaye devient un centre de réforme liturgique exerçant une influence considérable sur la vie religieuse au Québec. Encore aujourd’hui, ce lieu est un « Gibraltar de la prière, de la méditation et du travail ». Les moines vivent des produits de leur ferme et ils accomplissent des travaux manuels et intellectuels. En plus de consacrer beaucoup de temps à la méditation et à la prière, ils participent à des exercices liturgiques fréquents, élaborés et accompagnés de chant grégorien.

Pour marquer l’arrivée du premier moine bénédictin dans la région, une série d’activités se tiendront entre le 21 mars et le 4 décembre 2012. Le calendrier de ces activités est actuellement disponible sur le blogue de l’archevêché de Sherbrooke.

Maurice Langlois

Une personnalité sociale, culturelle, sportive et du monde des affaires n’est plus. En effet, Jacques Boisvert est décédé samedi soir, à son domicile, sans faire de bruit. Il est né le 11 octobre 1932, de l’union d’Omer Boisvert et de Jeanne Guilbert.

Il complète son éducation localement et, avec son père, s’implique très tôt dans le domaine des assurances générales et des placements. Après la retraite de son père en 1988, il assure la relève jusqu’en 1998, au 446 rue Principale O. Au début des années 1960, il devient également actionnaire dans la compagnie qui opère la station de ski du Mont Orford (Compagnie de Gestion Orford inc.), et est l’un des fondateurs de « Ski dans l’Est » (Ski East).

Le docteur Beaudry remet à Jacques Boisvert un monomètre à pression venant du bateau Lady of the Lake - Fonds Bibliothèque Memphrémagog. La Société d'histoire de Magog
Le docteur Beaudry remet à Jacques Boisvert un monomètre à pression venant du bateau Lady of the Lake – Fonds Bibliothèque Memphrémagog. La Société d’histoire de Magog

Jacques avait deux passions, la plongée et l’histoire. La première est probablement à l’origine de la seconde. Jacques effectue ses premières plongées en 1964. Il pratiquera ce sport jusqu’à l’automne 2005. Sa saison débute dès que la descente des glaces le permet et se termine à la veille du prochain gel. Dans les profondeurs du lac Memphrémagog, il fait des découvertes archéologiques et d’objets historiques des plus intéressantes et s’assure de leur conservation pour les générations futures, en les transmettant à des organismes responsables. Sa réputation dépasse de loin nos frontières et il est reconnu mondialement comme le « créateur » du monstre Memphré, qu’il avoue n’avoir jamais vu personnellement.

L’implication de Jacques en histoire remonte à la fin des années 1970. Au cours des années, il a accumulé de très riches archives et ses publications et contributions, écrites et verbales, sont nombreuses. Doué d’une mémoire phénoménale, il était une véritable référence en matière d’histoire locale. En plus d’être le Président fondateur de la Société d’histoire du lac Memphrémagog (1980) et de la Société internationale de dracontologie (1986), il était l’un des membres fondateurs de la Société d’histoire de Magog, qui a vu le jour dans le cadre des fêtes du centenaire de Magog, en 1988. Jacques est demeuré un fidèle compagnon de route de la Société, à laquelle il a continué de collaborer jusqu’à son décès.

Excellent raconteur qui avait le don de communiquer le goût de l’histoire à ses interlocuteurs, qui l’écoutaient attentivement, Jacques était d’une grande générosité et toujours prêt à rendre service. Il s’impliquait socialement, souvent dans l’ombre et sans éclat. Il était également généreux de son argent et soutenait, sans publicité, certaines causes qui lui tenaient à cœur.

Jacques Boisvert, personnalité attachante, de compagnie agréable et source intarissable de faits historiques, va nous manquer. La Société d’histoire de Magog désire présenter à toute sa famille, ses plus sincères condoléances. Je connais personnellement Jacques depuis notre tendre enfance et je ne me suis jamais ennuyé à son contact. Jacques a certes marqué la communauté où il a évolué sa vie durant et nous en conserverons tous un excellent souvenir.

Maurice Langlois
Société d’histoire de Magog

La pionnière de la bibliothèque à Magog

Née à Montréal le 21 janvier 1911, Henrietta Kathleen Milne, mieux connue sous le nom de Kay, est la fille de Herbert Lawrence Warren et de Alice Frances Rattray. Son père était président de la Warrendale Shirt Co. de Montréal. Après un court séjour à Calgary, où Kay commence ses études primaires, la famille revient à Montréal, où Kay poursuit ses études classiques. Reçue bachelière ès arts à l’Université McGill, en 1932, elle décide de poursuivre sa quête de connaissances et obtient son permis d’enseignement en 1934.

È ses débuts, la bibliothèque Memphrémagog loge è la Princess Elizabeth High School. Voici l'établissement en 1952. Fonds de la Bibliothèque Memphrémagog. La Société d'histoire de Magog
À ses débuts, la bibliothèque Memphrémagog loge à la Princess Elizabeth High School. Voici l’établissement en 1952. Fonds de la Bibliothèque Memphrémagog. La Société d’histoire de Magog

Bien que détentrice d’un diplôme d’enseignement, Kay Milne n’enseigne pas professionnellement très longtemps. Elle enseigne pendant deux ans au Miss Edgar’s and Miss Cramp’s School (ECS), une école privée de Westmount pour jeunes filles, fondée en 1909 et qui existe encore aujourd’hui. Unilingue anglophone et désireuse d’apprendre le français, Kay va enseigner l’anglais au Lycée pour jeunes filles de Nîmes, en France pendant deux ans.

Elle rencontre son futur mari, Harry Milne, à Magog où ses parents ont un chalet. Comme son père, Harry travaille à la Dominion Textile et la famille habite le Quartier Michigan. La guerre éclate et Harry joint les Forces armées. Ils se marient à Terre-Neuve où il est stationné, le 6 septembre 1941 et elle-même participe à l’effort en confectionnant des cols pour les militaires. Le couple s’établit à Magog en 1945 et ils ont deux filles; Catherine Alice, en 1946 et Jean Frances, en 1948.

Très impliquée dans son milieu, Kay Milne est frappée par la grande pauvreté de certaines familles de Magog et décide de leur venir en aide. Elle prépare des boîtes de nourriture, de vêtements et autres effets qu’elle leur apporte. Elle est toujours présente pour les moins bien nantis en intervenant pour eux auprès des organismes de charité et gouvernementaux.

Kay s’est toujours préoccupée des problèmes d’éducation, tant chez les jeunes que chez les adultes. En 1951, elle fonde la Home and School Association de Magog et devient membre de la Quebec Federation of Home and School Associations, fondée en 1944. Au début des années 1950, elle est membre du Magog High School Building Fund Committee et s’implique dans la construction du Princess Elizabeth High School de la rue Bellevue, devenu depuis le Princess Elizabeth Elementary School. Elle met sur pied la Magog Community School, qui s’adresse à l’éducation des adultes, et participe à la School Dental Clinic. Kay organise aussi la première troupe de guides anglophones à Magog et la fait reconnaître par le Canadian Council of Girl Guides Association, en 1958.

Les deux réalisations majeures de madame Milne sont, sans aucun doute, la Bibliothèque Memphrémagog et le complexe Manoir Lions-Pinecroft. En étroite collaboration avec la Austin Women’s Institute elle jette les bases de ce qui est devenu la Bibliothèque Memphrémagog. Elle est membre du conseil d’administration depuis 1971 et présidente de 1974 à 1991. Kay est l’instigatrice de la vente annuelle de livres, source de revenus nécessaire pour une bibliothèque insuffisamment financée. À Sherbrooke, au treizième Salon du livre de l’Estrie (1991), elle est choisie meilleure lectrice et promotrice de la lecture sur tout le territoire de la MRC.

Après une croisade qui a duré plus de vingt ans et une levée de fonds du secteur privé, Pinecroft, une résidence pour personnes âgées, est inaugurée en 1989. Le complexe qui résulte de son acharnement porte aujourd’hui le nom d’Hébergement Magog-Orford.

Kay Milne participe à de nombreux autres organismes. Soucieuse de l’amélioration de la condition féminine, elle fait partie de la University Women’s Club of Montreal et de la Austin Women’s Institute, un regroupement de femmes rurales préoccupées par l’éducation. Elle est membre de l’association des Dames auxiliaires de l’hôpital La Providence, fondée en 1960 et dont Mme Roger Guertin est la première présidente. Kay participe à la première assemblée générale du Carrefour du Partage de Magog, le 8 octobre 1980. Elle siège au conseil d’administration des Services sociaux de Sherbrooke (1973) et, en novembre 1990, elle est invitée à participer à Santé et mieux-être ConsultAction 2000.

Féministe avant l’heure, Kay était une grande dame, préoccupée par la pauvreté, l’éducation par la lecture, la condition féminine et l’équité sociale. Elle décède le 5 avril 2001. Les Pépines (Promotion des Estriennes pour initier une nouvelle équité sociale) lui rendent un hommage posthume le 28 mars 2007, en remettant le prix Aequitas à sa fille Catherine.

Maurice Langlois

Avec la collaboration des PÉPINES

Florian «Legs» Langevin
À la fin des années 1920, Zéphérin-Florian Langevin, le fils de Théophile Langevin et d’Aglaé Simard de la rue Saint-David, semble destiné à un avenir semblable à celui de la plupart de ses concitoyens. Devenu orphelin en bas âge, ce robuste jeune homme né le 21 octobre 1913 travaille dans les usines de la Dominion Textile. Passé à l’emploi de la brasserie Dow, il développe par la suite la force de ses jambes. Il ne se doute pas que celle-ci va lui apporter une notoriété durable dans le monde sportif.

Captivé par la lutte, un sport fort populaire à l’époque, Langevin débute chez les amateurs. Confiant en ses moyens, il se rend ensuite au camp d’Émile Maupas à Val-Morin, dans les Laurentides, afin de peaufiner ses habiletés. Il côtoie de jeunes étoiles en devenir, comme Léo Lefebvre et le fameux Yvon Robert, et livre quelques matchs, dont un en juillet 1933 au Capitol de Magog, à un coin de rue d’où il a grandi.

Son passage chez les professionnels, qui se fait dans les mois qui suivent, amène graduellement le jeune Langevin à abandonner son prénom et à adopter celui de Bob. Puis, le surnom Legs s’impose auprès du public. Il se veut un hommage au jeune colosse et à la force de ses jambes dont la circonférence atteindrait environ 30 pouces. De plus, Langevin a développé une prise fétiche, le ciseau de jambes, qui est sa marque de commerce dans l’arène. Dans l’univers du catch, où l’hyperbole est une pratique courante, on le décrit comme «The Million Dollar Leg Sensation».

Pendant les années 1930, Langevin revient lutter à plusieurs reprises à Magog, notamment au nouvel aréna de la rue Sherbrooke, où il conserve de nombreux amis. Mais en 1935-1936, le petit gars de la rue Saint-David passe surtout sa vie dans ses valises. Découvrant le monde d’une arène à l’autre, il fait un périple pour le moins mouvementé sur le Vieux Continent. Avec le Britannique Tommy Burr, il aurait été le dernier homme à lutter devant le roi George V, décédé en 1936. Il s’exhibe ensuite dans plusieurs autres pays (France, Allemagne, Tchécoslovaquie, Belgique, etc.), notamment en Espagne, alors en pleine guerre civile. Selon le journal l’Olympia, le Magogois aurait quitté le pays «à bord d’un croiseur anglais pour se réfugier en Angleterre» après avoir vu la mort de près pendant la révolution espagnole.

De retour au pays, Legs Langevin continuera de pratiquer la lutte pendant de nombreuses années. Et quand l’occasion se présente, il fait un crochet dans son patelin d’origine. Le 2 août 1937, il fait salle comble à Magog devant 1200 de ses partisans lors d’un match l’opposant à Cy Williams, la «Terreur de Tallahassee» (rien de moins!). Plusieurs d’entre eux peuvent se reposer le lendemain puisque la Dominion Textile est réduite au silence par une grève qui a commencé le matin même. Mais ce n’est qu’un soir parmi tant d’autres pour celui qui, selon ses propres estimations, aurait lutté pendant 38 ans et livré plus de 5000 combats. La liste de ses adversaires se lit d’ailleurs comme une véritable encyclopédie de la lutte professionnelle (Killer Kowalski, Jim Londos, Lou Thesz, etc.). Legs croise même le fer avec le légendaire Joe Louis dans un match lutteur vs boxeur au début des années 1950.

Membre de la police provinciale, figurant dans des films mettant en vedette des célébrités (Marlene Dietrich, Douglas Fairbanks jr., etc.), garde du corps de personnalités connues (Louis Saint-Laurent, Elizabeth Taylor, etc.), ce globetrotter se forge une feuille de route chargée d’action. Au cours des années 1960, il renoue même avec son premier amour, la lutte. Aux côtés du réputé Johnny Rougeau, il joue maintenant le rôle de promoteur.

Mais la vie du Magogois d’origine est aussi ponctuée de moments tragiques. Dans les années 1930, Langevin est rendu sexuellement impotent par un fan de lutte qui l’a agressé avec un fil de fer. Puis, au cours des années 1960, il livre une dure bataille contre le cancer. Devenu un porte-parole de la lutte contre ce fléau, il recevra une pléiade de distinctions, dont l’Ordre du Canada, en 1988. C’est finalement en octobre 2005, à l’âge vénérable de 91 ans, que décède Legs Langevin, vraisemblablement un des Magogois les mieux connus de sa génération.

Serge Gaudreau

Robert Brien naît à Sherbrooke le 31 août 1909 et fait ses études au Séminaire de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Son père, Hector Napoléon Brien, dirige la Compagnie de Frais funéraires des Cantons de l’Est qu’il a fondée en 1909. Robert Brien ne serait pas devenu une personnalité connue à Magog sans l’intervention du chanoine Napoléon Pépin. En effet, ce dernier était un ami de la famille de Napoléon Hébert de Magog qui comptait 17 enfants et de celle de Hector N. Brien qui en avait 9. C’est lui qui a procédé aux présentations des jeunes Gabrielle Hébert et Robert Brien. Et ce fut le coup de foudre. Voyant l’intention de son fils de s’établir à Magog, Hector N. Brien décide d’y ouvrir une succursale de son entreprise.

Le premier entrepreneur de pompes funèbres à Magog

C’est dans une maison située près du pont au 20 de la rue Merry Sud, que les nouveaux mariés s’installent en 1932 et y accueilleront leurs 7 enfants. Dans la partie avant de la résidence, on aménage un bureau, qui sert occasionnellement de salon d’exposition, et une salle d’échantillons de cercueils.

L’entreprise est au service de la population 24 heures par jour, 7 jours par semaine. Léonard (Ben) Hébert, frère de Madame Brien, y travaille également de 1932 à 1952, ainsi que M. Lionel Ménard. Dans les années trente, on embaume et on expose les défunts à domicile. Les familles « veillent au corps » pendant 3 jours et 3 nuits. M. Brien doit louer des chevaux pour tirer le corbillard vers l’église, puis au cimetière.

En 1950, alors que la coutume d’exposer les défunts au Salon funéraire s’impose de plus en plus, l’entreprise fait l’acquisition d’une autre propriété au 286 de la rue Saint-Patrice Ouest, devant le Collège. Au local de la rue Merry Sud, on continue de recevoir les familles pour les arrangements funéraires, l’embaumement et le choix du cercueil.

Robert Brien et son épouse en 1954 - Fonds studio RC. La Société d'histoire de Magog
Robert Brien et son épouse en 1954 – Fonds studio RC. La Société d’histoire de Magog

La Compagnie de Frais funéraires des Cantons de l’Est offre également le service d’ambulance. Lors d’un appel pour transporter un malade ou un blessé à l’hôpital, on doit transformer rapidement le corbillard, de marque Cadillac, en ambulance. Il faut enlever les rideaux de velours, le crucifix et mettre le gyrophare sur le toit. En 1940, un transport des Quatre-Fourches vers l’hôpital coûte 2,50 $.

 

Un nouveau Salon sur la rue Saint-Patrice Ouest

Considérant l’expansion de l’entreprise qui gère des succursales dans plusieurs localités des Cantons de l’Est, Marc Brien quitte son emploi à la Banque Royale en 1960, suit un cours d’embaumement à l’Université de Montréal et s’associe à son père. En 1968, un agrandissement majeur et des rénovations viennent moderniser le Salon de la rue Saint-Patrice et le rendre beaucoup plus fonctionnel et esthétique. Lors de l’inauguration des nouveaux locaux, on peut lire dans le Progrès-Chronique de Magog du 15 mai 1968 : « Les familles qui confient l’embaumement et le dernier repos d’un être cher à l’expérience de la Maison Funéraire Brien sont certaines de rendre à leur cher disparu un dernier hommage digne de la tendresse la plus aimante ».

Un homme de plusieurs réalisations

La Chronique de Magog du 22 juillet 1938 décrit les régates qui ont eu lieu le dimanche précédent à la Wright‘s Beach alors que 4 500 personnes prennent place dans les estrades pour regarder ces épreuves nautiques. On peut y lire : « Robert Brien a accompli une besogne de pionnier dans ce domaine…On doit le féliciter d’avoir doté notre ville d’une telle fête nautique. Il a puissamment contribué à développer ici une mentalité sportive qui nous aidera à mieux figurer dans le domaine du sport et à nous acquérir une réputation que nous allions perdre.»

À l’occasion de l’inauguration du Club de ski de Magog et de l’ouverture officielle de la saison de ski en décembre 1938, on rend hommage à Robert Brien, fondateur du Club. M. Arthur Martel souligne ses qualités d’organisateur et de persévérance dans Le Progrès-Chronique : «Cet hiver marquera la première saison de ski à Magog. Cette initiative est due à M. Robert Brien, avantageusement connu à Magog et même à l’étranger.» En 1939, on le retrouve également parmi les membres fondateurs du Club de golf du Mont Orford.

Robert Brien a également mis sur pieds d’autres entreprises. En 1950, il créé un atelier de fabrication d’articles en plâtre sur la rue Thomas. Les statuettes et autres objets moulés, peints par Paul Beauregard, se retrouvent souvent à titre de prix à gagner dans les expositions et fêtes foraines. M. Brien a également converti un autre local de la rue Thomas pour la fabrication de croustilles sous le nom de Magog Potato Chip. Plusieurs jeunes Magogois de l’époque se souviennent d’avoir dégusté de délicieuses « chips » chaudes dans ce petit atelier.

Le pionnier dans le domaine des frais funéraires à Magog prend sa retraite en 1978, après 46 années de dévouement professionnel inlassable. Il décède en 1985. Tous ceux qui l’ont côtoyé conservent le souvenir d’un homme empathique, d’une grande dignité, très impliqué dans sa communauté.

Danielle Lauzon

Le parcours unique de John Peters nous ramène à une époque, pas si lointaine, où il arrivait fréquemment qu’un travailleur finisse sa carrière dans la même usine où il l’a commencée. Incroyable mais vrai, lorsque Peters annonce sa retraite, en octobre 1953, il met un terme à un parcours de plus de 63 ans au service de la Dominion Textile et de ses prédécesseurs, ainsi que de l’Industrial Specialty (que les Magogois appelaient familièrement la bobbin shop).

Lié étroitement aux usines de textile, le destin de John Peters l’est aussi à celui de notre ville. Né à Waterloo le 6 février 1874, ce fils de conducteur de train serait arrivé à Magog en 1877, à l’occasion du premier voyage que le Waterloo & Magog effectue ici. Engagé à la Magog Textile & Print Co. en 1888, année de la fondation de la municipalité de ville de Magog, il n’est d’abord qu’un employé supplémentaire pour la saison estivale. Puis, en 1890, il devient garçon de bureau.

C’est le début de l’ascension de John Peters au sein de la Dominion Cotton Mills (1890), puis de la Dominion Textile (DT) qui prend les rênes de la filature et de l’imprimerie en 1905. Promu au poste d’assistant surintendant de l’imprimerie en 1913, il devient gérant d’affaires pour la compagnie en 1917.

L’année 1918 marque une nouvelle étape dans la carrière de Peters. La DT se porte alors acquéreur d’un bâtiment à vocation industrielle érigé par la ville, mais qui est resté inutilisé. Situé dans la partie ouest de la ville, à proximité de la route 1, l’Industrial Specialty fabriquera des pièces de bois de toutes sortes (navettes, bobines, fuseaux) pour alimenter les voraces usines de textiles. En plus d’être privée de la production britannique, tournée vers la demande de guerre, la filature de la DT est en ce moment en pleine croissance, conséquence d’une production accentuée par le conflit en Europe. Pendant les 34 prochaines années, John Peters est à la barre de cette usine qui, selon les périodes, emploiera entre 150 et 250 Magogois.

 

John Peters bureau

John Peters à son bureau de la Domion Textile, vers 1918 (Photographe inconnu, fonds Bibliothèque Memphrémagog, coll. SHM)

Outre le textile, Peters a bien de quoi s’occuper. Avec son épouse, l’Américaine d’origine Lucy May Lockwood, il élève dans sa maison de la rue des Pins deux garçons prénommés James et John. Ce dernier, que tous appellent Jack, suivra les traces du paternel et oeuvrera lui aussi au sein de l’Industrial Specialty.

John Peters est également impliqué sur le plan social. Cet ancien président de l’Association conservatrice des Cantons-de-l’Est est actif dans une foule d’associations. Il participe notamment au comité pour les fonds de construction du futur Princess Elizabeth High School, construit à l’angle des rues Bellevue et Bullard au cours des années 1950. Son intérêt marqué pour l’agriculture et l’élevage l’amène aussi à agir comme directeur exécutif de la Société agricole du comté de Stanstead et de l’Association agricole des Cantons-de-l’Est. Sa passion pour les chevaux est particulièrement bien connue. Peters aime bien voir ses bêtes participer à des compétitions où elles se distinguent à plusieurs occasions. Lorsqu’il annonce sa retraite, en 1953, ses amis lui font d’ailleurs cadeau d’une toile le représentant aux côtés de My King of All, monture victorieuse lors de concours hippiques.

Témoin privilégié d’une tranche importante de l’histoire locale, John Peters est un des rares Magogois de sa génération à prendre la plume pour partager ses expériences. Il raconte entre autres les circonstances qui ont entouré l’implantation de l’industrie textile dans notre ville. Ses observations inspirent d’ailleurs largement le contenu de l’Histoire commerciale et industrielle de Magog d’Alexandre Paradis, une brochure publiée au cours des années 1950 que plusieurs Magogois ont conservée.

Lorsque ce vétéran de la DT tire finalement sa révérence du textile, à l’automne 1953, tout le gratin local se déplace pour lui rendre hommage. Le président de DT, Blair Gordon, assiste à la soirée, de même que le maire de la ville, Ovila Bergeron. Brillent également par leur présence les trois curés de Magog (Léon Bouhier, Origène Vel, Roch Poitras), ainsi qu’une foule d’autres personnalités connues. John Peters décédera en 1961.

Serge Gaudreau

Au cours des années 1970, un présentoir situé dans le hall de l’aréna de Magog exhibait plusieurs coupes et trophées. Leur vue suffisait habituellement à capter l’attention des jeunes hockeyeurs qui, égarés dans leurs rêves de gloire, oubliaient parfois de regarder l’inscription qui les accompagnait : « Courtoisie de Bernard «Jim» Lizotte ». Pourtant, ce nom était déjà bien ancré dans la petite histoire sportive de leur ville.

Né en pleine crise économique, le jeune Bernard Lizotte se fait connaître très tôt de ses concitoyens. Selon une brochure commémorative écrite sur Saint-Jean-Bosco, le jeune homme de la rue Édouard aurait été le premier enfant de chœur de cette paroisse qui voit le jour en 1945.

En 1966, Jim est président de la ligue de baseball Les As. Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d'histoire de Magog
En 1966, Jim est président de la ligue de baseball Les As. Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d’histoire de Magog

Mais son grand intérêt, Jim, surnom qui était également celui de son père Jacques, le trouve dans le sport. Un assidu du stade Théroux, qui ne porte pas encore ce nom à l’époque, il joue au hockey et au baseball et tâte d’une foule d’activités. Jim l’athlète laisse peu de souvenirs durables. Mais son attitude volontaire, qui s’exprime dans les coins de patinoire, traduit bien la détermination qui l’habite et qui en fera un organisateur hors pair.

C’est parfois au hockey, avec le Federal Packing ou les Jets. C’est aussi au baseball ou à la balle-molle, où il agit à la fois comme entraîneur et comme gérant, s’assurant qu’aucun des «p’tits gars» ne manque de rien, notamment au niveau de l’équipement. «Sa générosité n’avait d’égale que sa sensibilité», dira de lui Maurice Rancourt. De fait, nombreux sont ceux qui ont bénéficié de la bienveillance du «chef» qui avait à cœur d’aider les sportifs et plusieurs causes humanitaires. Les témoignages à cet effet sont à la fois nombreux et éloquents. En 1980, un journaliste du Progrès qualifie même Jim Lizotte de «plus grand collaborateur financier à la cause sportive en général, que Magog n’ait jamais connu».

Le baseball et le hockey mineur, les Cantonniers de l’Est, le Tournoi de hockey atome-pee-wee, le Tournoi familial de balle-molle : on ne compte plus les organisations auxquelles Jim Lizotte a consacré son temps. Et quand il n’est pas dans le feu de l’action, ce dernier doit être en train de parler de sport à ses clients des restaurants Joe’s Diner, L’Étape, puis Chez Eddy, en face de la Dominion Textile. À partir des années 1970, il fait la popote à cet endroit en placotant des résultats de la veille ou de la joute qui s’en vient.

Jim Lizotte, Seigneur des Cantonniers en 1986-1987 alors qu'il a 51 ans - Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d'histoire de Magog
Jim Lizotte, Seigneur des Cantonniers en 1986-1987 – Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d’histoire de Magog

Au fil des ans, se développe un «style Jim Lizotte» qui fait aussi jaser. Coloré, souvent même controversé, celui-ci aime bien pimenter les rencontres auxquelles il participe, que ce soit comme entraîneur ou comme arbitre. Son rôle d’arbitre lors du Tournoi atome-pee-wee reste d’ailleurs imprégné dans la mémoire de plusieurs de ses confrères.

Comme dans bien d’autres domaines, l’action bénévole est le poumon qui permet au sport organisé de s’épanouir. À l’époque où Jim Lizotte commence à s’impliquer dans le milieu sportif, les structures sont encore fragiles, particulièrement chez les jeunes. Aussi, il n’y a qu’une poignée d’individus qui, par leur engagement et leur ténacité, réussissent à tenir le sport à bout de bras. Jim Lizotte fut certainement un de ceux-là.

Au fil des ans, la Ville de Magog, le Chambre de commerce Magog-Orford et bien d’autres organismes reconnaîtront sa contribution. Le 24 octobre 1996, il est honoré au Palais des sports de Sherbrooke avec une vingtaine de personnalités sportives régionales. Lors de cette fête, qui coïncide avec le 30e anniversaire du spacieux amphithéâtre sherbrookois, Jim Lizotte est le seul Magogois de la cuvée.
Même s’il est dans le dernier droit de sa carrière, celui-ci demeure actif. En plus de la ligue de crosse qui porte son nom, il préside par exemple la Semaine d’appréciation de la jeunesse du club Optimiste en 2000.

En novembre 2002, Jim Lizotte est éprouvé par le décès de sa mère Léontine. Cette native de Saint-Adrien-de-Ham a certes été une source d’inspiration pour son fils. Entrée à la filature de la Dominion Textile à l’âge de 19 ans, elle y a travaillé jusqu’à sa retraite, en mai 1968.

Quelques mois plus tard, en janvier 2003, c’est Jim Lizotte qui décède. La classe sportive salue la disparition de ce pionnier dont le rôle n’a pas été oublié. À preuve : lorsque la Société d’histoire de Magog présentera une exposition à sa mémoire, plusieurs anciens coéquipiers, joueurs et amis prendront le temps de s’arrêter au local de la rue Principale pour apporter une photo ou échanger une anecdote sur le disparu. Le «chef» aurait certainement été fier.

Serge Gaudreau