Robert Brien naît à Sherbrooke le 31 août 1909 et fait ses études au Séminaire de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Son père, Hector Napoléon Brien, dirige la Compagnie de Frais funéraires des Cantons de l’Est qu’il a fondée en 1909. Robert Brien ne serait pas devenu une personnalité connue à Magog sans l’intervention du chanoine Napoléon Pépin. En effet, ce dernier était un ami de la famille de Napoléon Hébert de Magog qui comptait 17 enfants et de celle de Hector N. Brien qui en avait 9. C’est lui qui a procédé aux présentations des jeunes Gabrielle Hébert et Robert Brien. Et ce fut le coup de foudre. Voyant l’intention de son fils de s’établir à Magog, Hector N. Brien décide d’y ouvrir une succursale de son entreprise.

Le premier entrepreneur de pompes funèbres à Magog

C’est dans une maison située près du pont au 20 de la rue Merry Sud, que les nouveaux mariés s’installent en 1932 et y accueilleront leurs 7 enfants. Dans la partie avant de la résidence, on aménage un bureau, qui sert occasionnellement de salon d’exposition, et une salle d’échantillons de cercueils.

L’entreprise est au service de la population 24 heures par jour, 7 jours par semaine. Léonard (Ben) Hébert, frère de Madame Brien, y travaille également de 1932 à 1952, ainsi que M. Lionel Ménard. Dans les années trente, on embaume et on expose les défunts à domicile. Les familles « veillent au corps » pendant 3 jours et 3 nuits. M. Brien doit louer des chevaux pour tirer le corbillard vers l’église, puis au cimetière.

En 1950, alors que la coutume d’exposer les défunts au Salon funéraire s’impose de plus en plus, l’entreprise fait l’acquisition d’une autre propriété au 286 de la rue Saint-Patrice Ouest, devant le Collège. Au local de la rue Merry Sud, on continue de recevoir les familles pour les arrangements funéraires, l’embaumement et le choix du cercueil.

Robert Brien et son épouse en 1954 - Fonds studio RC. La Société d'histoire de Magog

Robert Brien et son épouse en 1954 – Fonds studio RC. La Société d’histoire de Magog

La Compagnie de Frais funéraires des Cantons de l’Est offre également le service d’ambulance. Lors d’un appel pour transporter un malade ou un blessé à l’hôpital, on doit transformer rapidement le corbillard, de marque Cadillac, en ambulance. Il faut enlever les rideaux de velours, le crucifix et mettre le gyrophare sur le toit. En 1940, un transport des Quatre-Fourches vers l’hôpital coûte 2,50 $.

 

Un nouveau Salon sur la rue Saint-Patrice Ouest

Considérant l’expansion de l’entreprise qui gère des succursales dans plusieurs localités des Cantons de l’Est, Marc Brien quitte son emploi à la Banque Royale en 1960, suit un cours d’embaumement à l’Université de Montréal et s’associe à son père. En 1968, un agrandissement majeur et des rénovations viennent moderniser le Salon de la rue Saint-Patrice et le rendre beaucoup plus fonctionnel et esthétique. Lors de l’inauguration des nouveaux locaux, on peut lire dans le Progrès-Chronique de Magog du 15 mai 1968 : « Les familles qui confient l’embaumement et le dernier repos d’un être cher à l’expérience de la Maison Funéraire Brien sont certaines de rendre à leur cher disparu un dernier hommage digne de la tendresse la plus aimante ».

Un homme de plusieurs réalisations

La Chronique de Magog du 22 juillet 1938 décrit les régates qui ont eu lieu le dimanche précédent à la Wright‘s Beach alors que 4 500 personnes prennent place dans les estrades pour regarder ces épreuves nautiques. On peut y lire : « Robert Brien a accompli une besogne de pionnier dans ce domaine…On doit le féliciter d’avoir doté notre ville d’une telle fête nautique. Il a puissamment contribué à développer ici une mentalité sportive qui nous aidera à mieux figurer dans le domaine du sport et à nous acquérir une réputation que nous allions perdre.»

À l’occasion de l’inauguration du Club de ski de Magog et de l’ouverture officielle de la saison de ski en décembre 1938, on rend hommage à Robert Brien, fondateur du Club. M. Arthur Martel souligne ses qualités d’organisateur et de persévérance dans Le Progrès-Chronique : «Cet hiver marquera la première saison de ski à Magog. Cette initiative est due à M. Robert Brien, avantageusement connu à Magog et même à l’étranger.» En 1939, on le retrouve également parmi les membres fondateurs du Club de golf du Mont Orford.

Robert Brien a également mis sur pieds d’autres entreprises. En 1950, il créé un atelier de fabrication d’articles en plâtre sur la rue Thomas. Les statuettes et autres objets moulés, peints par Paul Beauregard, se retrouvent souvent à titre de prix à gagner dans les expositions et fêtes foraines. M. Brien a également converti un autre local de la rue Thomas pour la fabrication de croustilles sous le nom de Magog Potato Chip. Plusieurs jeunes Magogois de l’époque se souviennent d’avoir dégusté de délicieuses « chips » chaudes dans ce petit atelier.

Le pionnier dans le domaine des frais funéraires à Magog prend sa retraite en 1978, après 46 années de dévouement professionnel inlassable. Il décède en 1985. Tous ceux qui l’ont côtoyé conservent le souvenir d’un homme empathique, d’une grande dignité, très impliqué dans sa communauté.

Danielle Lauzon