Le 13 janvier 2017, était publié un article signé Gérard Leduc et Sylvie Delorme concernant un présumé percuteur retrouvé sur l’île ronde au lac Memphrémagog. On y découvre les interprétations de M. Leduc concernant cet objet et on y fait des parallèles avec le site de la pointe Merry ainsi qu’avec l’excavation de l’îlot Tourigny. Bien que l’on puisse reconnaître l’objet comme un témoin de l’occupation préhistorique du lac Memphrémagog, il est important pour nous, archéologues, de rectifier certaines affirmations faites dans l’article publié.

D’abord, il est important de rappeler que l’ancienneté de l’occupation du lac Memphrémagog est très bien connue des archéologues. Par ailleurs, nous savons que différentes communautés à différentes époques ont occupé les abords du lac, il ne faut donc pas nécessairement tenter de relier chaque site à une même occupation, bien qu’une utilisation contemporaine puisse parfois être conclue ou que l’on pourrait éventuellement déceler une filiation culturelle à travers les artefacts. Ainsi, il est relativement prématuré et confondant pour les lecteurs de mettre dans un même article la découverte récente du présumé percuteur, la pierre aviforme, et l’Îlot Tourigny.

La pierre trouvée sur l’Île ronde, décrite comme un percuteur, est un très bel artefact dont on retrouve des équivalents régulièrement en Amérique du Nord. Il n’est donc pas nécessaire de se rendre dans les mines d’Israël pour lui trouver un équivalent. Il est généralement reconnu comme étant un « plummet », c’est-à-dire un poids de filet à pêche, associé le plus couramment à la période archaïque récente, mais il pourrait également s’agir d’un percuteur-broyeur ou encore un marteau. Mentionnons qu’il n’existe aucune évidence que les peuples autochtones ont exploité le plomb dans le passé. Néanmoins, une étude tracéologique pourrait permettre d’en dire davantage sur l’utilisation faite de l’artefact. Mentionnons également que ce type d’objet n’est pas diagnostique d’une période précise et aucune affirmation concernant sa datation ne peut être émise sans son contexte. Une datation de 3000 à 9000 AA reste dans le probable et pas si surprenante considérant les autres occupations connues dans la région.

En ce qui concerne la pointe Merry, plusieurs travaux ont été effectués récemment et nos collègues qui seront appelés à réaliser des recherches supplémentaires sur le matériel archéologique de la région ne manqueront pas de mettre en lien de façon appropriée ces différents travaux. Cependant, il s’agit d’un site riche et complexe qui ne peut être résumé qu’à la pierre aviforme. D’ailleurs, la référence utilisée dans cet article date de 1995 et il y aurait aujourd’hui beaucoup à ajouter et à nuancer concernant l’interprétation de cette pierre.

 Pour le cas de l’Îlot Tourigny, il est vrai de dire que le terrain se situe à proximité de sites à fort potentiel archéologique. Cependant, l’entrepreneur n’étant pas tenu par la loi d’établir une surveillance archéologique dans ce territoire, tout ce que la municipalité pouvait faire était de garder l’entrepreneur informé de ce potentiel. Nous tenons tout de même à mentionner que des archéologues ont suivi le dossier, vérifié le potentiel historique et préhistorique du site afin de s’assurer que les risques de détruire des traces importantes n’étaient pas élevés. Ces personnes sont toujours en lien avec le promoteur pour les phases du projet à venir. Pour ce qui est des ossements et de la pierre retrouvés sur ce site par Sylvie Delorme, cette dernière omet dans l’article avoir contacté un archéologue à ce sujet et qu’on lui aurait bien indiqué que ses découvertes spécifiques ne présentaient pas d’indication d’une occupation préhistorique. Sans données concernant le contexte dans lequel ces ossements ont été trouvés, il est impossible pour les archéologues d’en dire davantage et rares sont ceux qui se prononceraient avec autant d’assurance sur leur identification sans l’avis d’un zooarchéologue.

Nous invitons les citoyens à s’informer sur les lois et obligations en cas de découvertes fortuites auprès du ministère de la Culture et des Communications. De plus, plusieurs archéologues habitent la région et peuvent également vous apporter leur soutien si vous désirez entreprendre des démarches pour confirmer un site, identifier un artefact ou faire la mise en valeur d’un lieu. L’Association des archéologues du Québec, la Ville de Magog, la Société d’histoire de Magog, le Musée de Sciences de la Nature et éventuellement la Corporation de la Maison Merry sont des institutions qui peuvent vous aiguiller vers différents professionnels de l’archéologie. Nous invitons plus particulièrement M. Fred Korman à contacter l’un des auteurs ou l’une de ces institutions, voudrait-il avoir une expertise plus avancée sur le territoire qu’il développe.

Josianne Jetté et Rébecca Janson (archéologues)