John Donigan, Gerry Roy, Rouville Beaudry et Henry Chamberland - Fonds Joseph Ouellette. La Société d'histoire de Magog

John Donigan, Gerry Roy, Rouville Beaudry et Henry Chamberland – Fonds Joseph Ouellette. La Société d’histoire de Magog

Certains n’ont pas hésité à qualifier d’historiques les élections provinciales du 26 mars 2007. L’avenir nous dira si leur jugement était sûr. Les épithètes racoleuses, lancées dans la frénésie du moment, perdent souvent de leur pertinence avec le temps.

Peu de gens se risqueraient cependant à contester le caractère historique des élections provinciales du 17 août 1936. Installés au pouvoir depuis près de 40 ans, un record inégalé, les libéraux sentent alors souffler sur eux un robuste vent de changement. Une nouvelle formation, l’Union nationale, dirigée par Maurice Duplessis, menace en effet de faire basculer la province au bleu pour la première fois depuis le début du siècle.

Parlementaire d’expérience, habile stratège, Duplessis a réussi à canaliser le mécontentement des Québécois et à faire l’union des forces opposées aux libéraux au sein de l’Union nationale.

Les Magogois n’ont pas attendu la création de ce parti pour exprimer leur grogne. Lors des élections précédentes, le 25 novembre 1935, ils ont accordé une forte majorité à Rouville Beaudry, le candidat de l’Action libérale nationale, une formation dissidente du Parti libéral. Celui-ci a remporté le comté de Stanstead par 323 voix contre Alfred-Joseph Bissonnet, en poste depuis 1913. Il faut dire que Beaudry, un commerçant de 31 ans établi sur la rue Principale, est un des rares Magogois à avoir brigué les suffrages d’une formation majeure sur la scène provinciale depuis la Confédération. Ce qui a sans aucun doute favorisé son succès.

Passé sous la bannière de l’Union nationale à sa création, en 1936, Beaudry espère répéter son exploit à l’été 1936 alors que les libéraux, ébranlés par l’enquête sur les comptes publics et le départ de Louis-Alexandre Taschereau, déclenchent de nouvelles élections. Cette fois, on sort l’artillerie lourde. Le 29 juillet, le chef de l’opposition, Maurice Duplessis, se rend à Magog pour participer à une assemblée publique qui se déroule à l’aréna de la rue Sherbrooke. Préalablement, Duplessis avait paradé en voiture dans les rues de la ville avec Beaudry. Parti de la résidence de ce dernier, le cortège est accompagné par la fanfare Memphrémagog qui divertit les foules sur son passage.

Les Rouges ne baissent pas les bras. Le 13 août 1936, c’est à leur tour d’accueillir en grande pompe leur nouveau chef, Adélard Godbout, à l’aréna. Les deux chefs des principales formations politiques à Magog en l’espace de deux semaines : le phénomène, qui est plutôt rare, démontre bien que libéraux et unionistes croient dans leurs chances de remporter Stanstead.

Le verdict tombe le 17 août. La victoire des Bleus est complète. Bien appuyé à Magog, Beaudry remporte Stanstead par 515 voix alors que l’Union nationale met fin à la dynastie libérale en enlevant 76 des 90 sièges en jeu à l’Assemblée législative. Bref, une vague en bonne et due forme!

Une page d’histoire se tourne. Mais pas un chapitre. En 1938, Rouville Beaudry, mécontent, quitte ses fonctions. Puis, en 1939, les libéraux reprennent la circonscription et la province. Temporairement apaisé, le vent qui a porté l’Union nationale au pouvoir se transforme en brise qui laisse un moment présager sa disparition. Un jugement prématuré qui, comme bien d’autres en politique, ne survivra pas à l’épreuve du temps.

Serge Gaudreau