Après s’être enflammée, La Lanterne s’éteignait définitivement le 5 janvier 1977. Cette auberge, centre d’attraction unique en son genre des premiers « baby-boomers », était rasée par les flammes peu avant 8 heures du matin, il y a 30 ans.

La Lanterne était située sur le chemin de Georgeville à environ 5 kilomètres de Magog, à l’intersection du chemin de l’Hermitage. Ce domaine de plus de 40 acres appartenait à la famille Rioux de Sherbrooke, dont un membre, le Colonel Émile Rioux, avait été maire de Sherbrooke de 1936 à 1938. Après la Deuxième Guerre mondiale, la propriété est acquise par MM. Fred Rolland et Arthur Côté et transformée en une auberge au début des années 1950.

Hiver à La Lanterne

En décembre 1962, André Morency, comptable et employé de la Banque de Montréal, en devient le propriétaire. L’année suivante, il vend à MM. Jacques Boisvert, Claude Langlois, Aurélien Noël et Gérard Notebaert. Sous la direction de Fritz Tschannen, ancien champion mondial de saut à ski, un centre de ski familial, baptisé Mont-Sourire, est aménagé avec un remonte-pente double, encore en usage à Owl’s Head. Fritz, qui joue de l’accordéon, et sa femme, une excellente yodler, animent des après-ski mémorables à la tyrolienne.

L’auberge même contient une douzaine de chambres, une salle à dîner, un grand salon ainsi qu’un piano-bar. Dans les bâtiments adjacents (granges), l’on retrouve La Tasserie ainsi que La Poupée, salle à manger et discothèque, où la fondue bourguignonne est à l’honneur.

intérieur2SRC-1Lanterne, extérieur

Vers 1969, La Lanterne passe aux mains de MM. Fernand Germain et Camille Ducharme. Bien que déjà très populaire, c’est sous cette administration que l’auberge connaît ses meilleures années. En effet, au fil des ans, on y rencontre de nombreuses personnalités politiques, du milieu des affaires et surtout du monde artistique. La présence de René Lévesque et de Pierre Elliot Trudeau n’est pas passée inaperçue. Selon Hubert Mandron, célèbre serveur de table qui a contribué à la popularité de l’endroit, c’est avec un soupir de soulagement que les autres clients de l’auberge ont assisté au départ de Trudeau accompagné de ses gardes du corps.

L’écrivain Marcel Dubé, un client assidu de La Lanterne, y a séjourné quelques mois à la fois, au début des années 1970. Parmi le groupe d’artistes, il y eut Louise Marleau, Denise Pelletier, Jacques Normand, Pierre Thériault, Guy Sanche (Bobino), Diane Dufresne, Tex Lecor et beaucoup d’autres célébrités. Y ont aussi été rencontrés, la comédienne française Madeleine Robinson, l’acteur canadien Christopher Plummer, la chanteuse d’opéra Colette Boky, et beaucoup d’autres.

La Lanterne était renommée pour son cuisinier Camille Caron et ses repas gastronomiques avec menus de différents pays. Ainsi, on y tenait des soirées mexicaine, scandinave, espagnole, portugaise, etc., avec repas typiques de chacun de ces pays. La Noël à Vienne accompagnée d’un violoniste charmait les invités. Nombreux sont les Magogois qui se souviennent de ces soirées mémorables.

Vue sur le lac

En 1973, MM. Germain et Ducharme vendent à Mark Stein. Dès lors, l’atmosphère de l’auberge change et seul le décor de rêve extérieur persiste. Le 5 janvier 1977, l’auberge est rasée par les flammes et une foule de souvenirs s’envolent en fumée. Construite de bois il y a plus de 100 ans, elle est totalement consumée en moins de quatre heures et seule la cheminée de pierres reste debout. Les escouades d’incendies de Magog et de Georgeville sont appelées, mais il est trop tard. De plus, le lac est à plus de 1000 pieds de l’auberge et l’eau est difficile à pomper jusque-là. Seules La Tasserie et La Poupée sont épargnées.

Stein vend les bâtiments restants aux frères Rodrigue qui opèrent La Poupée jusqu’à ce qu’elle soit détruite à son tour par un incendie, trois ans plus tard. Aujourd’hui, une vingtaine de résidences cossues et une dizaine d’unités de motels occupent ce site enchanteur avec une magnifique vue sur le lac Memphrémagog et le mont Orford.

Maurice Langlois