En 1956, le milieu médical de Magog vit des moments difficiles. En effet, à la suite de son expulsion et de la perte de ses privilèges hospitaliers, un médecin chirurgien, récemment établi à Magog, est la bougie d’allumage d’un mouvement populaire ayant pour objectif la construction d’un second hôpital.

Le docteur Jacques Pettigrew, diplômé de l’Université Laval (1949), parfait ses habiletés chirurgicales à Philadelphie, aux États-Unis. À son retour au Québec, en 1954, le Collège des médecins et chirurgiens du Québec lui décerne un certificat de spécialiste en chirurgie générale. Pettigrew s’établit à Magog et exerce à l’hôpital La Providence de la rue Principale Est. Toutefois, peu de temps après son arrivée, on lui reproche de pratiquer des interventions chirurgicales contraires à l’éthique, incompatibles avec les règles de l’art et inacceptables par le milieu médical.

L'hôpital La Providence peinte sur une toile - Fonds studio RC. La Société d'histoire de Magog

L’hôpital La Providence peinte sur une toile – Fonds studio RC. La Société d’histoire de Magog

Une enquête a lieu, et tant le milieu médical que les religieuses reprochent à Pettigrew ses écarts de conduite. Le chirurgien comparaît devant un comité de discipline, on lui enlève ses privilèges en chirurgie et il est exclu de l’hôpital. Après enquête, le Collège des médecins, par la voix de son gouverneur de district, le docteur René Duberger, déclare que le Bureau médical de l’hôpital La Providence n’a pas commis d’illégalité ni outrepassé ses droits.

 

À la suite de ce renvoi du docteur Pettigrew, la population de Magog, notamment le milieu ouvrier, s’indigne et estime que le médecin est victime de discrimination. Comme l’hôpital La Providence ne suffit plus à desservir convenablement une population de 13 000 âmes, le projet d’un second hôpital, dit « hôpital du peuple », est sérieusement envisagé. Dès le début de janvier 1957, une vaste campagne de souscription est lancée.

Un « Comité du nouvel hôpital », présidé au début par Pettigrew lui-même, est formé et des chefs de souscription sont nommés pour chacun des 12 secteurs désignés. Le 4 janvier, cette levée de fonds reçoit l’appui du maire Maurice Théroux, mais pas celle celui des conseillers qui protestent et déclarent que le maire a parlé en son nom personnel. L’un d’entre eux, Jean Loslier, émet l’avis qu’un tel projet est irréalisable sans octrois des gouvernements. En effet, il doute que de telles subventions soient accordées pour ce nouveau projet.

Malgré cela, la souscription reçoit l’appui du Syndicat des ouvriers du textile. À la mi-avril 1957, un montant de 47 000 $ est atteint. Cependant, le climat de travail dans le domaine du textile n’est pas favorable à une telle initiative et un essoufflement de la collecte de fonds se produit.

Quelques sites sont envisagés pour la construction de ce nouvel hôpital, (Hôpital Magog Hospital inc.). En avril 1957, le comité exécutif décide d’acheter, pour la somme de 9 000 $, un vaste terrain de 280 pieds par 528, situé au coin des rues des Pins et Percy, appartenant à Jack Horan. Lors de cette même assemblée, le comité lance un appel à la population en lui demandant de collaborer bénévolement à la construction de cet édifice, sous la direction de M. Gérard Longpré.

Les plans sont préparés par l’architecte Alphonse Bélanger de Sherbrooke. L’édifice d’un seul étage inclurait, au début, 45 lits, 2 salles d’opération, 8 lits de pédiatrie, une salle de radiologie, un laboratoire, une pharmacie, etc. Seulement un tiers de cet important projet sera réalisé lors de cette première phase. L’édifice sera (serait) ensuite agrandi selon les possibilités financières.

Le pro-maire, Armand Gagné, effectue la première pelletée de terre, le 24 octobre 1957. Les travaux d’excavation (estimés à 4 500 $) sont effectués gratuitement par Bosco construction inc., propriété d’Eugène Bélanger. Le 23 janvier 1958, La Chronique de Magog annonce que l’hôpital de la rue Percy, sera fini en juin. Cette année est cependant marquée d’arrêts et de reprises des travaux, car les octrois espérés n’arrivent pas. En décembre, l’hiver suspend les travaux du nouvel hôpital, lit-on dans le même journal.

Faute de fonds, et devant la perspective d’une autre grève dans le textile, les travaux ne reprennent pas. Seules les fondations et la structure extérieure ont été érigées. Dans l’intervalle, les autorités de l’hôpital La Providence, qui caressent un important projet d’agrandissement depuis plusieurs années, intensifient leurs démarches pour obtenir des subventions.

Déjà, en 1953, les Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus avaient offert d’investir elles-mêmes 200 000 $ dans l’entreprise. Elles reviennent à la charge en 1956-1957. Grâce aux députés fédéral et provincial, au cours de l’été 1959, les religieuses obtiennent des octrois totalisant 1 000 000 $, ce qui permet la construction de l’hôpital La Providence, tel qu’on le connaît aujourd’hui. La réalisation de ce rêve sonne le glas pour l’hôpital Magog inc.

Que faire avec l’ébauche de construction de la rue Percy? Comment rembourser les citoyens qui, de bonne foi, ont investi quelque 69 000 $ dans l’aventure? Ceux-ci ne peuvent se permettre de telles pertes en période de grève qui durera de septembre 1959 à février 1960. En assemblée générale, en novembre 1959, les souscripteurs décident à l’unanimité de mettre la propriété en vente afin de permettre le remboursement de sommes dont ils ont un urgent besoin.

Le gouvernement provincial est pressenti à un moment favorable; des élections provinciales sont annoncées pour juin 1960. Georges Vaillancourt, candidat libéral dans Stanstead, prend l’engagement formel que tous les souscripteurs « soient complètement et individuellement remboursés du capital qu’ils ont, de bonne foi, investi dans cette Corporation, en faisant racheter leurs intérêts par la Province ». De son côté, le député de l’Union Nationale, Denis Gérin, prend le dossier en main. Il annonce que, s’il est élu, il y aura construction d’une École des Métiers sur les fondations de l’hôpital Magog inc., dont le gouvernement se portera acquéreur.

Le Parti libéral est porté au pouvoir et, le 2 août 1960, un arrêté en conseil est adopté, autorisant l’achat de l’hôpital projeté pour y établir une École des Métiers. Le prix de vente est fixé à 82 665.51 $, permettant ainsi de rembourser au total tous les souscripteurs, tel que promis. En mars 1962, le contrat, au montant de 343 900 $, est accordé à Yvon Giguère inc., un entrepreneur local. Au terme du contrat, il est stipulé que la construction doit être complétée avant la fin de l’année en cours. Cependant, ce n’est que le 9 septembre 1963 que l’école admet ses cinquante premiers étudiants.

Cette ancienne école des Métiers abrite aujourd’hui la Commission scolaire des Sommets. Quant au docteur Pettigrew, au début de 1962, il achète une résidence, sur la rue Principale à Ayer’s Cliff, où il exercera la médecine générale. Un certain nombre de ses patients lui demeurent fidèles jusqu’à ce qu’il cesse ses activités à la fin des années 1970.

Maurice Langlois