Ernest Simard n’est peut-être pas tombé dans la marmite de la politique dans les jours qui ont suivi sa naissance à Magog, le 15 mai 1908. Mais son intérêt pour la chose publique ne tarde pas à se développer, particulièrement au contact de son parrain Lazare Gingras. Après une tentative infructueuse en 1926, Gingras, un commerçant de la rue Principale Est, accède au conseil municipal en février 1934 comme échevin du quartier 5. Quatre ans plus tard, il est élu maire de Magog, un poste qu’il conservera jusqu’à sa mort, en décembre 1941.

Des témoins de cette époque se souviennent de Lazare Gingras comme d’un passionné de politique au discours populiste, dont le caractère opiniâtre et le verbe inépuisable étaient les marques de commerce. Le jeune Ernest a assurément quelqu’un de qui tenir.

D’ailleurs, le fils de Siméon Simard et de Zéphirine Gingras ne tarde pas, à son tour, à faire sa marque dans l’arène politique. Après deux tentatives infructueuses en politique fédérale (mai 1949) et municipale (février 1948), Simard cause une certaine surprise en étant élu à la mairie de Magog le 1er février 1950. Cette victoire, le nouveau premier magistrat, qui habite sur la rue Saint-Pierre, la doit en grande partie aux électeurs du quartier ouvrier qui l’ont appuyé massivement.

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Ernest Simard, maire de Magog vers 1950 (Photographe inconnu, coll. SHM)

Dès la première séance du conseil, le maire Simard donne le ton, menaçant de démissionner pour contester une position des échevins relativement à la perception des taxes scolaires. Au cours de son mandat de deux ans, les controverses sont nombreuses et les séances du conseil mouvementées. Déjà tendue, sa relation avec la presse et certains commerçants se dégrade avec l’annonce des célébrations du centenaire de Magog en 1951, un événement dont le maire veut se servir pour mousser la réputation de sa ville.

Le 19 août 1951, il met lui-même la main à la pâte. Devant une foule nombreuse réunie sur les rives du lac Memphrémagog, l’homme de 43 ans exécute un mémorable saut en parachute d’environ 2500 pieds. Les sceptiques confondus, Simard, qui en était à sa première expérience, profite de l’occasion pour rappeler qu’il ferait «n’importe quoi pour servir le rayonnement de notre ville». À la lumière de son exploit insolite, il s’en trouve probablement de moins en moins pour douter de sa parole. Ce saut historique, le premier du genre par un maire d’Amérique selon la presse du temps, n’apportera toutefois pas de dividendes politiques. En février 1952, l’électorat magogois décide en effet d’accorder sa confiance à un autre candidat à la mairie, Ovila Bergeron.

On peut soupçonner que cette défaite est difficile à avaler. Cela dit, Ernest Simard n’est pas homme à s’ennuyer. La famille qu’il a fondée avec son épouse Anne-Marie Labbé compte six enfants. De plus, Simard a développé au fil des ans une foule d’intérêts professionnels. Ancien employé de la Dominion Textile, il a également œuvré dans le domaine du taxi, a été associé avec ses frères dans le cinéma Capitol (angle Principale Est et Saint-David), en plus de développer une expertise dans les systèmes de chauffage, de plomberie et de ventilation. Ces différents métiers l’amèneront à voyager beaucoup.
Et, bien entendu, si l’on peut sortir Ernest Simard de la politique, on ne peut sortir la politique de l’homme qui est de nouveau candidat à la mairie en 1956 et 1959. Sur les talons de Maurice Théroux, qui est victorieux à chaque occasion, Simard prend finalement sa revanche en remportant une autre victoire surprise le 5 février 1962.

Afecté par les problèmes de santé, le maire Simard ne sera toutefois pas en mesure de profiter pleinement de ce second passage à la tête de l’administration municipale. Après une ultime tentative, le 2 novembre 1964, il abandonnera définitivement la scène politique. Son style inimitable, et les péripéties qui ont pimenté ses deux mandats, restent néanmoins gravés dans la mémoire de ses concitoyens lorsqu’il décède, le 5 février 1971. Une rue, située au sud de la rivière Magog, rappelle le souvenir de ce personnage coloré qui a marqué la petite histoire politique magogoise.

Serge Gaudreau