Fin d’une époque sur la rue Dollard

Lorsque la Deuxième Guerre mondiale se termine, en 1945, les modèles d’entrepreneurs canadiens-français sont encore rares à Magog où la Dominion Textile domine la structure industrielle de la tête et des épaules. Cela n’empêche pas le jeune René Patenaude, la vingtaine à peine entamée, de se lancer en 1948 dans l’aventure de la Magog Packing. L’expérience acquise à bosser au Marché DeLuxe et au Marché Lorenzo Hamel sert à merveille Patenaude dont la compagnie, devenue la Federal Packing en 1953, emploie 70 personnes au milieu des années 50.

Même si l’usine de la rue Dollard est de modeste dimension à ses débuts – 20 X 30 pieds – les produits de charcuterie Federal Packing font leur marque, entraînant une expansion des bâtiments. Environ 200 Magogois y gagnent leur croûte lorsque René Patenaude, âgé d’à peine 40 ans, perd la vie dans un accident en février 1966. Une brillante carrière d’homme d’affaires, qui à elle seule mériterait un livre, prend fin brutalement.

Federal Packing

La charcuterie à l’époque où le bâtiment se nommait la Federal Packing – Fonds studio RC. La Société d’histoire de Magog

Mais l’aventure Federal Packing se poursuit. Dans l’enthousiasme d’abord, alors qu’en août 1973 la compagnie célèbre son 25e anniversaire en grande pompe, en présence du premier ministre Robert Bourassa. Sur une note plus amère ensuite lorsque les scandales dévoilés par la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO) écorchent la réputation de l’entreprise qui cesse ses opérations au milieu des années 70.

Plusieurs mois d’inquiétude précèdent l’achat de l’usine par Les Aliments Grissol et la relance des activités en 1976. Grâce aux produits Taillefer, le travail reprend et le secteur retrouve graduellement son va-et-vient quotidien, va-et-vient qui perd toutefois de son intensité lorsqu’une grève réduit temporairement les installations au silence en juillet et en août 1980.

Mais elles s’en remettront. Et à travers périodes creuses et périodes fastes, incertitudes et phases de croissance, Taillefer – et plus tard Olymel – continuera de s’imposer comme un des piliers de l’industrie magogoise pour un autre quart de siècle. Jusqu’à l’annonce du 6 mai 2005, qui semble condamner de nouveau l’usine au silence. Cette fois pour de bon.

Serge Gaudreau