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Le Canada a les yeux rivés sur le comté de Stanstead le 9 août 1943. Lors d’une élection partielle, cette circonscription exprime haut et fort l’opposition du Québec à la conscription en accordant une forte majorité au candidat du Bloc populaire, Joseph-Armand Choquette. Ce cultivateur de Sainte-Catherine reçoit à nouveau l’appui des Magogois en 1945, mais pas celui du comté qui lui préfère le conservateur John Hackett.

Le 17 septembre 1947, le gouverneur général du Canada, Alexandre de Tunis est de passage à Magog. Il rencontre la population au parc des Braves. Photo de Marston E. Adams - Fonds Famille Merry. La Société d'histoire de Magog

Le 17 septembre 1947, le gouverneur général du Canada, Alexandre de Tunis est de passage à Magog. Il rencontre la population au parc des Braves. Photo de Marston E. Adams – Fonds Famille Merry. La Société d’histoire de Magog

C’est une des rares fois où Magog ne suit pas la tendance nationale. De 1949 à 1972, notre ville joue en effet le rôle de baromètre. Au libéral Louis-Édouard Roberge (1949-1958), succèdent le conservateur René Létourneau (1958-1963) et le libéral Yves Forest (1963-1972), des choix qui reflètent à peu près exactement l’humeur du pays. Cette alternance camoufle une exception : la majorité de plus de 600 voix que les Magogois accordent en 1962 au créditiste Roméo Custeau. Ce vote s’inscrit néanmoins dans une certaine mouvance, le Crédit social ayant fait élire 26 candidats au Québec lors de cette élection.

Entre 1972 et 2004, le Parti libéral règne pendant 24 ans à Ottawa. Mais dans Brome-Missisquoi, nom que porte le comté depuis 1968, les Rouges n’ont pas la partie facile. Les victoires du progressiste-conservateur Heward Grafftey (1972, 1974, 1979) s’inscrivent à contre-courant de la tendance provinciale. Pendant cette période, ce tenace avocat est un des rares torys à représenter un comté du Québec à la Chambre des communes.

Ce dérèglement passager du baromètre prend fin avec l’élection du libéral André Bachand, en 1980, et celles de Gabrielle Bertrand qui brigue les suffrages sous la bannière conservatrice, en 1984 et 1988.

Lorsque les Bleus fléchissent, en 1993, une nouvelle formation, le Bloc québécois, apparaît dans le décor. Surfant sur la vague nationaliste qui déferle sur le Québec, Gaston Péloquin obtient une majorité à Magog et dans Brome-Missisquoi. L’élection partielle qui fait suite à son décès, en 1995, confirme la naissance d’une chaude rivalité politique : malgré sa majorité dans Magog, le Canton de Magog et Omerville, le bloquiste Jean-François Bertrand est défait par le libéral Denis Paradis qui enlève le comté par près de 3 000 votes. Après deux victoires assez faciles en 1997 et 2000, ce dernier est un des seuls libéraux de la région à résister à la poussée bloquiste de 2004. Un siècle après les luttes corsées entre libéraux et conservateurs, c’est encore sur fond de rouge et de bleu que se colore le débat politique à Magog.

Serge Gaudreau