Il y a 125 ans : La révolution industrielle atteignait Magog

par Serge Gaudreau


«Tout ce qui était n’est plus; tout ce qui sera n’est pas encore.» Même s’ils ne le font pas avec les mots ou dans la langue d’Alfred de Musset, il se trouve certainement bien des Magogois pour se demander, à l’été 1882, ce qui va arriver de leur paisible village.

Sous les auspices de la Magog Manufacturing Co. puis de la Magog Textile & Print Co., une entreprise à laquelle les élus du Canton de Magog ont concédé une exemption de taxes de 25 ans, un projet industriel sans précédent est en effet en train de chambouler le paysage magogois. En cours depuis le printemps 1882, d’immenses travaux sont en train de changer la physionomie du village, particulièrement le long de la rivière, dans la partie est de Magog. À peu près inhabitée jusqu’à ce moment, celle-ci est devenue une fourmilière où s’activent des centaines de travailleurs, la plupart venus de l’extérieur.

L’érection des usines de textile – l’atelier d’impression et la filature- , est une tâche colossale qui ne prendra fin qu’en 1884. Mais à l’été 1882, c’est d’abord la construction d’un nouveau barrage qui frappe l’imagination. Dans le passé, des barrages ont été aménagés du côté nord et sud de la rivière. Ils ont donné vie à quelques entreprises intéressantes, dont l’usine de fabrication d’allumettes de Ralph Merry V. Mais leur envergure ne se compare aucunement à celle qui est sur le point de voir le jour.

Haut de 16 pieds et long de 400, le nouveau barrage est une structure impressionnante. Fait de blocs de granite assemblés avec de la chaux, il surplombe la rivière à environ un demi-kilomètre en aval du pont Merry. Certains de ses vestiges sont d’ailleurs encore visibles en 2007, à proximité de la piste cyclable qui longe la rive sud de la rivière.

Évidemment, l’érection du barrage aura pour effet de hausser le niveau de la Magog. La présence de chutes naturelles devient également un souvenir, ce que nous permettent d’apprécier des photographies d’époque. Plusieurs clichés, pris au cours de ces années, nous laissent d’ailleurs croire que des Magogois –ou tout au moins l’un d’entre eux- , ont cru bon de saisir l’ampleur de ces changements pour la postérité.

Car changements il y a bel et bien. Bouleversements même. Les chantiers du barrage, de l’usine et du prolongement du chemin de fer vers Sherbrooke font dire à un observateur que la boom a enfin atteint Magog.

Sous l’impulsion du textile, celle-ci se métamorphose à la vitesse grand v. D’un village de quelques centaines de personnes en 1881, elle devient, une décennie plus tard, une ville en bonne et due forme de 2100 habitants. Cette accélération brusque fait sûrement jaser dans les chaumières. La voit-on comme un facteur de progrès ? D’inquiétude ? Difficile à dire. Faute de témoignages ou même d’un journal local, qui nous permettrait de humer l’air du temps, il faut en rester aux hypothèses. 

Chose certaine, Magog, à qui la révolution industrielle vient de donner une nouvelle identité, ne sera plus jamais la même. Il lui faudra un siècle, et même un peu plus, pour que celle-ci prenne un nouveau virage.

Serge Gaudreau
Société d’histoire de Magog

12 août 2008

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