
Le Marché Laurier
par Maurice Langlois
Au début des années 1960, l’état de délabrement de l’hôtel de ville érigé en 1915, coin Principale et Sherbrooke, est tel que les inspecteurs du gouvernement l’ont déjà condamné à deux reprises. Au cœur de la campagne électorale municipale de 1964, la construction d’un nouveau bâtiment devient un enjeu politique important.
Une fois élus, en novembre 1964, le maire Gérard Laurendeau et les conseillers lancent le projet d’un nouvel hôtel de ville, mais les coûts estimés à plus de 600 000 $ incitent un groupe de citoyens à demander la tenue d’un référendum. Tenu le 19 juillet 1965, celui-ci donne à la population l’occasion de se prononcer majoritairement en faveur du projet.
Mais, au grand déplaisir de la population, leur marché public doit disparaître pour faire place au nouvel hôtel de ville et à son stationnement. Les marchands qui vendent leurs produits sur le marché voudraient que la Ville finance la construction d’un nouveau marché public. La population qui, dans une bonne proportion appréhende déjà les coûts élevés du nouvel hôtel de ville, s’oppose au financement d’un marché par les contribuables.
L’association des vendeurs sur le marché public déclare qu’elle aménagera un nouveau local avant avril 1966. Elle se propose de le faire sur la rue Laurier, et, à cette fin, elle demande au conseil de ville d’exproprier la propriété de M. Orient Gauvin, ce que la Ville accepte. Cette expropriation est justifiée, car elle permettra au public d’avoir un accès direct sur le stationnement et aux vendeurs sur le marché, d’y garer leurs camions.
Dans son édition du 24 novembre, Le Progrès-La Chronique de Magog annonce que le Marché public Laurier ouvrira ses portes à la population le 26 novembre. Il y aura accès sur le nouveau stationnement municipal situé sur la rue Principale, ainsi que sur la rue Laurier. Le marché sera ouvert dès 7 h le matin jusqu’à 9 h du soir tous les vendredis.
Mais ce n’est que le 10 décembre suivant qu’a lieu l’ouverture officielle de ce nouveau marché. Pas moins de 18 marchands invitent la population à y visiter leurs comptoirs. Les locaux sont bénis par Mgr Léon Bouhier, p.d., curé de la paroisse Saint-Patrice. Divers invités de marque y prononcent des discours, suivis d’un vin d’honneur à de nombreuses personnalités.
Le journal local rapporte ce qui suit : « Le nouveau Marché Laurier est une place d’affaire des plus modernes. Situé près du terrain de stationnement du centre des affaires, il possède un éclairage approprié, des comptoirs de toute nouveauté et hygiéniques en tout point, agrémenté de couleurs des plus attrayantes. Les murs ont été peints d’un produit insecticide. Le Marché Laurier est devenu le rendez-vous de la ménagère avisée ».
Pour raison de non-rentabilité et suite à l’arrivée des « chaînes de magasins », le Marché Laurier doit mettre fin à ses opérations quelques années plus tard.
Maurice Langlois
Société d’histoire de Magog
21 octobre 2008



