La pisciculture de Magog (1880-1943)

par Maurice Langlois

 
À l’époque des Amérindiens, le poisson dans nos cours d’eau est très abondant et une composante importante de leur alimentation. Avec l’arrivée des Blancs, le braconnage devient systématique et déjà en 1850, on observe un déclin des ressources fauniques.

À Sherbrooke en 1858, sous l’influence de MM. A.T. Galt, E.D. Worthington, m.d. et E.T. Brooks, la Society for the Propagation and Protection of Fish in the Eastern Townships voit le jour. L’objectif est de sensibiliser le milieu au problème de la diminution des réserves de poissons dans les Cantons-de-l’Est et d’inciter le gouvernement à adopter une réglementation ad hoc. Vingt-deux ans plus tard, une station piscicole est ouverte à Magog.

En effet, ce n’est qu’en 1878, deux après que Ralph Merry eut réussi à compléter la voie ferrée jusqu’à Magog, que ce projet attire son attention. En 1878-79, il rencontre à plusieurs reprises un M. Wilmott de Charlottetown, I-P-E., représentant du Gouvernement. Le 24 juillet 1880, Wilmott informe Merry que Magog vient d’être désignée comme site du futur établissement. Le 16 septembre, les soumissions reçues sont ouvertes et le contrat est accordé à A.H. Moore et Co. La construction débute immédiatement, est rapidement complétée et Moore en est le premier surintendant.

Cette pisciculture, une première du genre au Québec, est érigée sur la rive droite (sud) de la rivière Magog, en amont du barrage actuel de l’usine C.S.Brooks. L’édifice a 3 étages : le premier sert à l’élevage, les deux autres logent le responsable et sa famille ainsi que les bureaux. Les opérations débutent dès 1881 et on y produit bon an mal an, de 1 à 5 millions d’alevins de saumon et de poisson blanc qui sont distribués au Canada, surtout au Québec. Lors de la visite du Couple Royal en 1939, la truite saumonée servie à l’occasion d’un souper au Château Frontenac à Québec, provient de cet établissement dont le responsable est M. George Belknap, dernier surintendant en poste.

En 1931, de larges bassins extérieurs sont aménagés afin d’y élever l’achigan. En 1942, en partie pour des raisons économiques et aussi à cause de la qualité de l’eau qui est trop chaude l’été et trop froide l’hiver, on annonce la fermeture de la station et le transfert des opérations à Baldwin Mills. Le bâtiment est démoli en 1943.

Une ballade sur la piste cyclable permet d’observer les vestiges des fondations de cette pisciculture, de ses bassins ainsi qu’un bloc de béton portant l’inscription 1931.

Maurice Langlois
Société d’histoire de Magog

15 juillet 2008

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