Ce n’est pas d’hier que l’on organise des compétitions sportives sur les cours d’eau des Cantons de l’Est. Dans le livre qu’il consacre au Lac Magog, Bernard Genest fait état, par exemple, des régates qui s’y déroulent devant des foules imposantes, et ce dès le XIXe siècle.

La natation est également populaire auprès des Estriens qui semblent cependant apprécier davantage son volet récréatif que compétitif. De fait, si l’on en croit ses organisateurs, il semblerait que la première épreuve d’envergure tenue dans notre région n’a lieu que le dimanche 21 juillet 1935 à Wright’s Beach (aujourd’hui Southière-sur-le-Lac). Une affirmation qu’il faut peut-être prendre avec un grain de sel.

Robert Larochelle, un nageur professionnel responsable de la course, aide d’ailleurs à mousser l’événement dans la presse. Prétendant qu’il aurait enseigné la natation à plusieurs célébrités de l’époque – Maurice Chevalier, Tom Mix, Will Rogers, etc. – , il présente comme le championnat des Cantons de l’Est la compétition qu’il est à mettre sur pied, avec l’accord du propriétaire de la plage, Jim Broadbent.

Wright\'s Beach, vers 1935

La plage de Wright’s Beach vers 1938 – Fonds Arthur A. Ling. La Société d’histoire de Magog

Larochelle réussit à attirer une dizaine de compétiteurs, tous originaires du Québec. La publicité, notamment une pleine page dans La Tribune, aide à faire déplacer les curieux. On évalue à 4 000 le nombre de spectateurs qui, en dépit d’un temps incertain, assistent à la course le 21 juillet 1935. Malgré les conditions climatiques difficiles, dix nageurs sont au départ à 15 h 20 min. On compte parmi eux des athlètes aguerris, dont le vainqueur, le Montréalais Tom Parks, qui couvre la distance de 5 milles (8 kilomètres) en 3 heures 6 minutes. Parks devance son plus proche rival, le Québécois J.A. Lachance, par environ 8 minutes. Ces performances plutôt modestes s’expliquent en partie par le vent turbulent qui secoue le Memphrémagog, provoquant des vagues qui sapent le travail des nageurs.

Les efforts du vainqueur sont récompensés par une bourse de 50 $, alors que Larochelle partage un autre 50 $ entre les trois nageurs qui le suivent. Qualifié de succès par un journaliste présent, l’événement semble destiné à une réédition. Mais ce ne sera pas le cas.

Personne ne se risquera à organiser une autre compétition de natation d’envergure sur les rives de Wright’s Beach. Ce sera toutefois une autre histoire avec les régates qui, elles, reviendront à un rythme régulier. Celles que les Chevaliers de Colomb présentent dans le cadre de leur pique-nique annuel, le mois suivant, connaissent un grand succès. Puis, en 1938 et 1939, on aménage même des estrades pour satisfaire les spectateurs qui se déplacent par milliers pour assister aux épreuves qui sont commentées par deux annonceurs de Montréal : Bill Brosseau (CKAC) et Frank Starr (CFCF).

Serge Gaudreau