C’est le 4 juillet 1912 que Dom Paul Vannier débarquait à Montréal, accompagné du frère Raphaël Pélissier, pour venir fonder un monastère bénédictin dans le diocèse de Sherbrooke. C’est dans un contexte de conditions de vie difficiles pour les communautés religieuses françaises soumises aux lois combistes du début du XXe s. que les Bénédictins devaient quitter la France.

D’autre part, il y avait plus de 20 ans que l’évêque du diocèse de Sherbrooke était à la recherche d’un ordre religieux qui viendrait s’établir dans le canton de Bolton, considéré comme un fief anglo-protestant, mettant ainsi en péril la foi des familles catholiques, canadiennes-françaises et irlandaises. Le nombre de familles n’y justifiait pas la présence d’un prêtre résident, et Mgr Racine considérait qu’un monastère serait un excellent moyen de satisfaire les besoins religieux de ses sujets habitant ce secteur. C’est finalement sous le règne de Mgr Paul LaRocque que le projet se réalisa en 1912.

Après une visite à Mgr LaRocque, Paul Vannier rencontre le curé François-Xavier Brassard de Magog, qui l’amène en yacht visiter une propriété sur la rive ouest du lac Memphrémagog, la Pointe-Gibraltar, à l’entrée de la Baie-Sargent.

Le 8 octobre 1912, le père Vannier achète, au coût de 12 500 $, la propriété de quelque 400 acres, site d’un ancien village disparu (Town of Gibraltar ou Furniss Mills). Une quarantaine de maisons, une manufacture de meubles et un hôtel de 65 chambres y avaient été construits à la fin des années 1870, mais seule une maison de ferme et quelques bâtiments étaient encore présents.
Dès l’année suivante, des renforts arrivent de France et des agrandissements aux bâtiments d’habitation, indispensables à la vie religieuse sont entrepris. Le 30 novembre 1914, le malheur frappe la jeune communauté lorsque Dom Vannier et le frère Charles Collot se noient près des îles surnommées les Trois sœurs.

À cause de la guerre qui sévit en Europe (1914-1918), la survie de la communauté est menacée et son retour en France est demandé. Suite à leurs demandes répétées et insistantes, appuyées par Mgr LaRocque, les Bénédictins obtiennent l’autorisation de continuer leur œuvre en terre québécoise. Bien que le missionnariat ne fût pas leur activité première, ils acceptent volontiers de procurer aux familles catholiques éloignées de Mansonville, St-Étienne-de-Bolton et d’Eastman les services religieux dont ils ont besoin.

En 1921, des travaux d’agrandissement se poursuivent autour de la vieille maison de ferme pour faciliter la vie conventuelle. Un noviciat est inauguré en 1924, et en 1927 les moines achètent l’église anglicane d’East-Bolton (Austin) qu’ils desservent sous le nom de Mission Saint-Benoît.

En 1940, Mgr Desranleau désigne Saint-Austin comme titulaire de la mission et le premier curé résident arrive en 1945. Les moines peuvent enfin vivre davantage selon la règle de Saint Benoît : obéissance, silence, travail physique et intellectuel et apostolat. La décision de construire un nouveau monastère est prise en 1938. Il est construit selon les plans de Dom Bellot et bénit le 11 juillet 1941. La construction de l’église abbatiale, dessinée par l’architecte montréalais Dan S. Hanganu, commencée en 1990, est inaugurée en 1994.

Le 16 mars 1939, St-Benoît-du-Lac est érigé en municipalité gérée par le père abbé et les moines. Dans les années 1950, l’abbaye devient un centre de réforme liturgique exerçant une influence considérable sur la vie religieuse au Québec. Encore aujourd’hui, ce lieu est un « Gibraltar de la prière, de la méditation et du travail ». Les moines vivent des produits de leur ferme et ils accomplissent des travaux manuels et intellectuels. En plus de consacrer beaucoup de temps à la méditation et à la prière, ils participent à des exercices liturgiques fréquents, élaborés et accompagnés de chant grégorien.

Pour marquer l’arrivée du premier moine bénédictin dans la région, une série d’activités se tiendront entre le 21 mars et le 4 décembre 2012. Le calendrier de ces activités est actuellement disponible sur le blogue de l’archevêché de Sherbrooke.

Maurice Langlois