Au cours des années 1970, un présentoir situé dans le hall de l’aréna de Magog exhibait plusieurs coupes et trophées. Leur vue suffisait habituellement à capter l’attention des jeunes hockeyeurs qui, égarés dans leurs rêves de gloire, oubliaient parfois de regarder l’inscription qui les accompagnait : « Courtoisie de Bernard «Jim» Lizotte ». Pourtant, ce nom était déjà bien ancré dans la petite histoire sportive de leur ville.

Né en pleine crise économique, le jeune Bernard Lizotte se fait connaître très tôt de ses concitoyens. Selon une brochure commémorative écrite sur Saint-Jean-Bosco, le jeune homme de la rue Édouard aurait été le premier enfant de chœur de cette paroisse qui voit le jour en 1945.

En 1966, Jim est président de la ligue de baseball Les As. Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d'histoire de Magog

En 1966, Jim est président de la ligue de baseball Les As. Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d’histoire de Magog

Mais son grand intérêt, Jim, surnom qui était également celui de son père Jacques, le trouve dans le sport. Un assidu du stade Théroux, qui ne porte pas encore ce nom à l’époque, il joue au hockey et au baseball et tâte d’une foule d’activités. Jim l’athlète laisse peu de souvenirs durables. Mais son attitude volontaire, qui s’exprime dans les coins de patinoire, traduit bien la détermination qui l’habite et qui en fera un organisateur hors pair.

C’est parfois au hockey, avec le Federal Packing ou les Jets. C’est aussi au baseball ou à la balle-molle, où il agit à la fois comme entraîneur et comme gérant, s’assurant qu’aucun des «p’tits gars» ne manque de rien, notamment au niveau de l’équipement. «Sa générosité n’avait d’égale que sa sensibilité», dira de lui Maurice Rancourt. De fait, nombreux sont ceux qui ont bénéficié de la bienveillance du «chef» qui avait à cœur d’aider les sportifs et plusieurs causes humanitaires. Les témoignages à cet effet sont à la fois nombreux et éloquents. En 1980, un journaliste du Progrès qualifie même Jim Lizotte de «plus grand collaborateur financier à la cause sportive en général, que Magog n’ait jamais connu».

Le baseball et le hockey mineur, les Cantonniers de l’Est, le Tournoi de hockey atome-pee-wee, le Tournoi familial de balle-molle : on ne compte plus les organisations auxquelles Jim Lizotte a consacré son temps. Et quand il n’est pas dans le feu de l’action, ce dernier doit être en train de parler de sport à ses clients des restaurants Joe’s Diner, L’Étape, puis Chez Eddy, en face de la Dominion Textile. À partir des années 1970, il fait la popote à cet endroit en placotant des résultats de la veille ou de la joute qui s’en vient.

Jim Lizotte, Seigneur des Cantonniers en 1986-1987 alors qu'il a 51 ans - Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d'histoire de Magog

Jim Lizotte, Seigneur des Cantonniers en 1986-1987 – Fonds Bernard Jim Lizotte. La Société d’histoire de Magog

Au fil des ans, se développe un «style Jim Lizotte» qui fait aussi jaser. Coloré, souvent même controversé, celui-ci aime bien pimenter les rencontres auxquelles il participe, que ce soit comme entraîneur ou comme arbitre. Son rôle d’arbitre lors du Tournoi atome-pee-wee reste d’ailleurs imprégné dans la mémoire de plusieurs de ses confrères.

Comme dans bien d’autres domaines, l’action bénévole est le poumon qui permet au sport organisé de s’épanouir. À l’époque où Jim Lizotte commence à s’impliquer dans le milieu sportif, les structures sont encore fragiles, particulièrement chez les jeunes. Aussi, il n’y a qu’une poignée d’individus qui, par leur engagement et leur ténacité, réussissent à tenir le sport à bout de bras. Jim Lizotte fut certainement un de ceux-là.

Au fil des ans, la Ville de Magog, le Chambre de commerce Magog-Orford et bien d’autres organismes reconnaîtront sa contribution. Le 24 octobre 1996, il est honoré au Palais des sports de Sherbrooke avec une vingtaine de personnalités sportives régionales. Lors de cette fête, qui coïncide avec le 30e anniversaire du spacieux amphithéâtre sherbrookois, Jim Lizotte est le seul Magogois de la cuvée.
Même s’il est dans le dernier droit de sa carrière, celui-ci demeure actif. En plus de la ligue de crosse qui porte son nom, il préside par exemple la Semaine d’appréciation de la jeunesse du club Optimiste en 2000.

En novembre 2002, Jim Lizotte est éprouvé par le décès de sa mère Léontine. Cette native de Saint-Adrien-de-Ham a certes été une source d’inspiration pour son fils. Entrée à la filature de la Dominion Textile à l’âge de 19 ans, elle y a travaillé jusqu’à sa retraite, en mai 1968.

Quelques mois plus tard, en janvier 2003, c’est Jim Lizotte qui décède. La classe sportive salue la disparition de ce pionnier dont le rôle n’a pas été oublié. À preuve : lorsque la Société d’histoire de Magog présentera une exposition à sa mémoire, plusieurs anciens coéquipiers, joueurs et amis prendront le temps de s’arrêter au local de la rue Principale pour apporter une photo ou échanger une anecdote sur le disparu. Le «chef» aurait certainement été fier.

Serge Gaudreau