Dans le cadre de l’harmonisation des noms de rues de la ville de Magog, le comité de toponymie a suggéré, et la Ville a accepté, de désigner la portion nord de la rue Martin (à partir de la rue Bellevue), du nom de Sloan ou de Barney Sloan. Or, qui était ce monsieur Sloan, et pourquoi nommer une rue pour rappeler son passage à Magog? Barney Sloan est né le 12 octobre 1875, sur une ferme à Berkshire Town, dans le nord du Vermont, près de Richford. Son père, venu d’Irlande en 1871, a épousé Margaret McNeil, au Vermont. Barney était le 4e d’une famille d’au moins 8 enfants. Dès l’adolescence, il travaille comme commis dans un hôtel local au Vermont. En 1892, à l’âge de 17 ans, il émigre au Québec, devient successivement gérant du « Lakeview House » à Knowlton, puis du célèbre « Brooks’ House » de Waterloo, propriété de L.G. Green. À la veille de son départ de Waterloo en 1905, pour venir à Magog, les notables de l’endroit et ses amis organisent un banquet en son honneur. Après les allocutions d’usage, ils lui offrent une bague à diamants et une plaque souvenir signée par chacun et précieusement conservée par ses descendants. C’est à regret qu’on le voit quitter Waterloo.

De haut en bas: L’hôtel Battles House dans ses transformations successives – vers 1890, 1910 et 1925. (Photos anonymes / en bas: Photo George A. W. Abbott, coll. SHM)

Battles House, vers 1890Battles House, vers 1910Battles House, vers 1925

En 1905, Green et Barney Sloan se portent acquéreurs du Battle’s House (site de l’actuel MacDonald’s). En 1906, il épouse Nellie Goodspeed avec qui il a une fille, Evelyn, qui deviendra la femme de Cecil Gaunt. En 1920, Sloan achète la participation de Green et devient seul propriétaire de l’établissement. Le Battle’s House ne fait pas qu’héberger les voyageurs de passage; certains clients y séjournent pour une période de temps prolongée. Ainsi, au moment de son arrivée à Magog en 1888, le Dr. Henri Béique y reçoit ses patients (« à toute heure ») en attendant de s’installer définitivement sur la rue Principale. Au recensement de 1911, plus de 25 personnes y demeurent, dont le notaire Hector Jasmin ainsi que de jeunes couples avec enfants. Barney Sloan exploite cet hôtel pendant un quart de siècle, alors qu’il le vend à Adélard Goyette, en 1930.

Battles House, vers 1925, près du pont Merry

Le Battles House vers 1925, montrant la proximité du pont de la rue Merry. (Coll. SHM)

Après avoir habité l’hôtel pendant plusieurs années avec sa femme et leur fille, il acquiert une propriété sur la rue Bellevue. La famille Sloan habite la maison, devenue le gîte « À Tout Venant ». Cette portion de la rue Martin est ouverte entièrement sur son ancienne propriété. Sa grange, qui existe toujours, est située à l’extrémité de la rue Martin, sur la droite. C’est Barney Sloan qui a fait la réputation de ce grand hôtel qui avait une salle à manger digne de mention. Il était un hôte courtois, soucieux du confort et du bien-être de ses visiteurs. Il était d’une jovialité remarquable et se plaisait à jouer des tours à ses amis. Sous son administration, le Battle’s House a été le plus important et le plus chic hôtel de la région pendant de nombreuses années. L’hôtel a été agrandi considérablement et l’on pouvait y recevoir jusqu’à 350 personnes pour des banquets en diverses occasions.

Barney Sloane, vers 1925

Portrait en pied de Barney Sloan, vers 1925. (Photographe inconnu. coll. SHM)

Barney Sloan était un bon administrateur et un commerçant avisé. Il était connu et apprécié par tous. On ne lui a jamais connu d’ennemis. On dit qu’il était impliqué dans sa communauté et qu’il a joué un rôle significatif dans le développement économique de Magog, même si, à cause de son métier, il n’a jamais participé activement à la politique municipale ou autre. Il prend sa retraite en 1930 et décède le 19 février 1939, à l’âge de 64 ans. Ses petites-filles, Louise, Pamela et Wendy Gaunt habitent toujours à Magog. Le Battle’s House a été rasé par un violent incendie tôt le matin du 15 juillet 1944, alors que quelques 80 personnes y séjournaient. Il y eut une seule perte de vie, M. Percy Wagland, ainsi que six blessés. L’hôtel appartenait alors à Delphis P. Goyette, et Paul Mercier en assumait la gérance. Une tentative de reconstruction a débuté, mais seules les fondations ont été coulées et ont pu être observées pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que MacDonald’s s’en porte acquéreur.

Maurice Langlois